samedi 20 septembre 2014

Un Ange Meilleur - Chris Adrian

Moi qui ne suis pas vraiment fan de nouvelles, je me suis laissée tenter par "Un Ange Meilleur" de Chris Adrian, recueil chaudement recommandé par Coralie, qui me l'a d'ailleurs prêté.

Neuf nouvelles sombres, remplies d'enfants malades ou fous au prénom commençant par un C., de deuils, de fratries et d'hôpitaux, où des anges passent, où le souvenir du 11 Septembre n'est jamais loin.

La première nouvelle "L'arme blanche" m'a immédiatement accrochée: une amitié entre deux enfants, alors que l'on retrouve dans le voisinage des animaux tués au couteau...Je ne suis pas très adepte de l'onirique ou du fantastique donc j'ai moins apprécié "La somme de nos parties", "La vision de Peter Damien" et "Un ange meilleur", l'auteur mêlant nouvelles réalistes et nouvelles fantastiques. Mais toutes sont extrêmement bien écrites, avec un style vraiment particulier à Chris Adrian, une atmosphère unique, des thèmes qui traversent les nouvelles pour créer un lien, une unité entre elles, même si les histoires sont assez différentes les unes des autres.

Il semble y avoir de l'autobiographique dans ces nouvelles: l'initiale C. qui revient systématiquement, les jeunes garçons qui ont le même âge que l'auteur à l'époque où se déroule le récit, le milieu hospitalier (Chris Adrian est pédiatre)...Les relations frère-frère, la maladie, qu'elle soit mentale ou physique, le 11 Septembre sont omniprésents.

Toutes les nouvelles ne m'ont pas forcément plu, mais j'ai vraiment apprécié la façon qu'a Chris Adrian de décrire la solitude de l'enfance, de celui qui est décalé ou endeuillé. C'est une belle découverte, un auteur dont j'aimerais maintenant lire un des romans.

C'est ma huitième contribution au Mois Américain.


C'est aussi une contribution au Mélange des Genres, catégorie:recueil de nouvelles.

jeudi 18 septembre 2014

Les Règles du Jeu - Amor Towles

Encore un roman que j'avais envie de lire depuis longtemps et que le Mois Américain a fait sortir de ma PAL en priorité!

Kathy Kontent, alors qu'elle est dans un club de jazz avec son amie Eve, rencontre Tinker Grey, un jeune homme élégant, issue d'une excellente famille, sorti des meilleures écoles, et travaillant dans la banque fondée par son grand-père. 
Nous sommes en 1938, les Etats-Unis ne sont pas encore en guerre, et se remettent difficilement de la grande crise de 1929.

Kathy, de parents immigrés russes, et issue d'un milieu populaire, est indépendante, débrouillarde, cultivée, intelligente et grande lectrice. Elle est décidée à s'amuser, à fréquenter la meilleure société tout en se construisant une carrière professionnelle. Elle m'a un peu fait penser à Peggy Olson de Mad Men, jeune femme intelligente qui trace son chemin professionnel à la force du poignet.

Par le biais de diverses rencontres, Kathy fréquente des personnes d'un niveau social beaucoup plus élevé que le sien. Elle découvrira bientôt que pour tirer leur épingle du jeu, beaucoup ne sont pas ce qu'ils prétendent être, et que c'est le règne des faux-semblants. 

"Les Règles du Jeu" est d'une lecture agréable, servie par Kathy, un personnage attachant au caractère bien trempé. La plupart des personnages sont relativement peu prévisibles et se révèlent assez surprenants. Kathy elle-même est assez opaque, car de ses sentiments ou de son ambition, on ne sait jamais trop ce qui prédomine.  

J'ai par contre été moins convaincue par les décisions prises par les frères Grey - Hank et Tinker - qui ne m'ont semblé ni cohérentes ni réalistes, ce qui m'a un peu gâché mon plaisir de lecture. 

J'ai par contre beaucoup aimé la description de la vie de bureau, ainsi que la peinture de cette période post-crise de 29 mais pré-seconde guerre mondiale, où les Etats-Unis se remettent doucement de leurs blessures économiques tout en commençant à être gagnés par l'excitation de la guerre. 


"Les Règles du Jeu" n'est pas parfait, mais son héroïne attachante, et le talent de l'auteur pour rendre le New York de la fin des années 30 en font une lecture agréable, à défaut d'être inoubliable.

C'est ma septième contribution au Mois Américain

mercredi 17 septembre 2014

SWAP des jurées du prix ELLE 2014 avec Enna

Le fait d'être jurée du prix ELLE en 2014 m'a fait rencontrer toute une communauté de blogueuses, virtuellement puis "en vrai", et quand Valérie a proposé à la fin de l'aventure que l'on se lance dans un swap de la rentrée littéraire, j'ai trouvé que l'opportunité était bien choisie pour faire mon tout premier swap.

Pour ceux qui ne le savent pas, un swap est un échange de colis, sur la base d'une liste pré-déterminée par l'organisateur. 

Voilà ce qui devait se trouver dans le colis:

- un livre de la rentrée de septembre 2014
- un livre coup de coeur 
- un livre qu'on aurait aimé avoir dans la sélection Elle, publié en 2013 donc 
- un ou deux objets de papeterie (carnets...)
- un ou deux marque-page(s)
- un ou deux souvenirs de vacances. 
- un objet fait main pour celles habiles de leurs mains. Sera remplacé par un cadeau surprise par les autres
- une ou deux gourmandise(s) (thé, café, chocolat inclus- ou pas)

Mais un swap n'existe pas sans une co-swapeuse! J'ai eu le grand plaisir de faire ce swap avec Enna, que je n'ai vue qu'une fois, à la remise du prix ELLE en juin, mais que j'ai l'impression de connaitre beaucoup plus que ça, à travers son blog et nos échanges Facebook.

Nous avons rempli un questionnaire établi par Valérie pour mieux cerner nos goûts respectifs, et nous sommes envoyé quelques messages anxieux pour être sûres de ne pas faire d'impairs - le top du top étant d'envoyer un livre que la co-swapeuse a déjà chroniqué sur son blog!


Jeudi dernier, j'ai donc reçu au bureau ce gros colis intrigant... j'ai décidé de patienter 24 heures avant de l'ouvrir, car Enna n'avait pas encore reçu le sien. Le vendredi matin, j'ai encore fait durer le plaisir en ouvrant le colis...mais pas les emballages...


J'ai pu constater qu'Enna était plus douée que moi pour emballer les cadeaux...mais aussi que j'avais été bien gâtée!

Le vendredi après-midi, j'ai enfin déballé tous les paquets, pour trouver finalement ceci: 


Félicitations à Enna pour m'avoir si bien cernée, car tous ses cadeaux étaient très judicieux et très bien choisis!

Pour le livre de la rentrée 2014, Enna a choisi "Le Royaume" d'Emmanuel Carrère. "D'autres vies que la mienne" est l'un de mes livres préférés, et j'attendais avec une grande impatience de pouvoir lire le tout dernier...C'était LE livre de la rentrée littéraire à côté duquel je ne pouvais pas passer.

Pour le livre coup de cœur, j'ai reçu "Les reflets d'argent" de Susan Fletcher. C'est un auteur que je ne connais pas, mais Enna l'a beaucoup aimé et je lui fais confiance. J'ai hâte de le découvrir.

       


Enna, comme moi, est fan de Sorj Chalandon, avec qui elle a eu un long échange au Festival Rue des Livres à Rennes, et savait que le livre que j'aurais aimé voir dans la sélection du Prix ELLE l'an dernier, était "Le Quatrième Mur"...mon coup de coeur de l'année, un livre que j'avais donc déjà. Elle m'a donc envoyé les deux romans de Sorj Chalandon que je n'ai pas encore lus "Une Promesse" et "Le Petit Bonzi"...dédicacés par l'auteur!

J'ai donc maintenant trois livres dédicacés par Sorj Chalandon, puisqu'il m'avait déjà dédicacé "Le Quatrième Mur" au Salon du Livre de Paris.












J'ai également reçu un très joli stylo à plume, un collier fait main par Enna, deux mignons carnets, dont l'un, estampillé ELLE, rappelle notre aventure commune, deux marque-pages dont l'un évoque le fait qu'Enna vit en Normandie, une tasse Soledad, une très belle boite en métal remplie de bonbons Haribo, nougats et chocolats, et une clé en chocolat provenant du château de Chambord.





Pour un premier Swap ce fut une très belle réussite, Enna a tapé en plein dans le mille à chaque fois!

Vous pouvez découvrir ici quel fut le contenu du colis que j'ai envoyé à Enna... 


lundi 15 septembre 2014

Les Débutantes - J.Courtney Sullivan


J'avais depuis longtemps envie de lire les Débutantes, de J. Courtney Sullivan - trompée par la consonance masculine du patronyme et la mixité du prénom Courtney , j'ai découvert seulement récemment que cet auteur était une femme!- et le Mois Américain m'a incitée à le faire passer en priorité sur ma PAL.

Quatre jeunes filles se rencontrent à l'université Smith, une université exclusivement ouverte aux femmes.  Le roman suit leur parcours durant huit ans, jusqu'à l'année de leurs 26 ans.   

Sally, orpheline de mère, est sur le point de se marier. April travaille avec une activiste féministe pour dénoncer les violences faites aux femmes, en s'impliquant dans des projets de plus en plus dangereux. Celia multiplie les nuits sans lendemain. Bree est déchirée entre la femme avec laquelle elle est en couple et sa famille conservatrice.

Ce roman m'a permis de découvrir un univers que je ne connaissais pas, celui des universités pour femmes, moi qui ai toujours été dans des environnements mixtes voire à majorité masculine. Les quatre personnages sont très attachants, et le roman pose des questions intéressantes sur l'amitié, sur ce qu'est le féminisme, sur ce qu'on attend d'un mariage, sur l'homosexualité et le conformisme social.

En bémol, j'ai quand même trouvé que le récit manquait parfois de profondeur, et que l'auteur avait un peu chargé la barque pour faire couvrir par quatre personnages tout un panel de situations (la femme mariée, l'asexuée, la lesbienne, la coureuse) et d'événements dramatiques (viol, détournement de mineur...). La fin m'a également semblé un peu convenue. Mais cela reste un roman très agréable à lire, qui m'a donné envie de découvrir également "Maine" et le tout dernier de J. Courtney Sullivan, "Les Liens du Mariage".

C'est ma sixième contribution au Mois Américain.

dimanche 14 septembre 2014

Sauf quand on les aime - Frédérique Martin


"Sauf quand on les aime" est un roman que je n'ai pas choisi, je me suis inscrite, suite à un billet de Valérie, sur le site de Version Femina pour participer au "Coup de Cœur des Lectrices" et quelques jours plus tard j'ai reçu ce roman qui concourt pour être le lauréat du mois de Septembre.

Très sincèrement, c'est un livre que je n'aurais pas lu: je ne connaissais pas l'auteur et la quatrième de couverture ne me disait rien.  

Je n'en attendais donc rien, et cette lecture fut une agréable surprise. Le roman commence comme un poing, lorsqu'une jeune femme, Tisha, se fait violemment agresser verbalement dans le train par un marginal. C'est le début d'une rencontre avec trois jeunes colocataires à Toulouse - Claire, Juliette et Kader. Tous les quatre se soutiennent dans une vie faite de petits boulots, et font la connaissance de M. Bréhel, un homme âgé qui est leur voisin de pallier. 

Une des facettes du roman n'est pas sans rappeler "Ensemble c'est tout" d'Anna Gavalda. Mais "Sauf quand on les aime" est quand même très différent. C'est un récit où l'on trouve de l'amour, de l'amitié, de la solidarité, d'énormes coups durs et une violence extrême, de l'empathie et de la résilience, et surtout beaucoup d'espoir en l'humain et en sa capacité à changer les choses et à avancer malgré les coups.

C'est un roman qui ne ressemble pas à ce que je lis d'habitude, mais j'ai été touchée par les personnages, très attachants, et par l'absence de jugement et l'humanité qui se dégagent de ce livre. Une jolie surprise, et une troisième contribution au challenge 1% rentrée littéraire organisé par Hérisson. 

challenge 1% 2014


vendredi 12 septembre 2014

The Ritual Bath - Faye Kellerman


En France, le mari de Faye Kellerman est connu (Jonathan, auteur de la série policière "Alex Delaware", le fils de Faye Kellerman est connu (Jesse, qui a notamment écrit "Les Visages"), mais Faye Kellerman reste un auteur confidentiel de romans policiers alors que ses livres sont des best-sellers aux Etats-Unis. 
Alors qu'elle a publié près de trente romans, seuls deux (trois en comptant un livre écrit avec son mari) sont traduits en français, "Les Os de Jupiter" et "Premières Armes".


"The Ritual Bath" est son premier roman, inédit en France, qui introduit les personnages récurrents Rina Lazarus et l'inspecteur Peter Decker. Cette série policière a une particularité, elle se passe dans le milieu juif orthodoxe, tout comme les romans d'Harry Kemelman - les enquêtes du Rabbin Small - dont je suis également friande.

Une agression sexuelle est commise dans les environs du mikvé (le fameux bain rituel du titre). L'inspecteur Peter Decker, qui enquête déjà sur une affaire de viols en série, est dépêché sur les lieux, accueilli par une jeune veuve, Rina Lazarus, qui a recueilli la victime. Un peu comme dans le film Witness, Peter Decker doit enquêter dans un monde clos, auquel il est étranger, et dont il ne connait pas les règles. "The Ritual Bath" est donc à la fois un roman policier et la rencontre - et l'attirance - de deux personnages qui n'étaient pas supposés se rencontrer.

L'enquête en elle-même est plutôt classique, mais j'ai aimé la rencontre de ces deux mondes, et les sentiments qui se créent entre les deux personnages principaux, même si le twist qui permet de les rapprocher était un peu trop téléphoné à mon goût...

En tout cas, c'est un premier essai concluant qui m'a donné envie de lire le deuxième roman de la série...en anglais aussi bien sûr, puisque seul le 11e tome est traduit en français! 


C'est ma cinquième contribution au Mois Américain. 

mercredi 10 septembre 2014

Indignation - Philip Roth


"Indignation", comme "Nemesis", est un roman court, efficace et facile d'accès, un autre conte cruel sur l'ironie du sort.

Marcus Messner, étudiant à l'université de Newark, ville dont il est originaire, se fait transférer dans une université de l'Ohio pour échapper à son père, devenu brusquement paranoïaque, qui s'inquiète exagérément pour la vie de son fils. Les études sont très importantes pour Marcus, non seulement parce qu'il est sérieux et appliqué, mais aussi parce que cela recule son départ pour l'armée-nous sommes en pleine guerre de Corée.
Mais les choses ne vont pas se dérouler comme prévu: Marcus découvre la sexualité, entre excitation et répulsion, au contact d'une jeune femme psychologiquement instable, sa laïcité se heurte au conformisme religieux de l'université, et il s'attire les foudres du directeur de l'université car il préfère s'isoler afin de mieux travailler.

"Indignation" est un roman très bien écrit sur la jeunesse du début des années 50: l'émancipation par rapport aux parents, la découverte de la sexualité, l'inquiétude d'une génération qui, traumatisée par la Seconde Guerre Mondiale (Marcus y a perdu deux cousins), s'apprête à être envoyée en Corée, le conservatisme des universités - sur le plan moral comme sur le plan religieux - le début d'un mouvement contestataire avec notamment l'évocation d' intellectuels comme Bertrand Russell qu'admire Marcus.

Marcus est juste un jeune homme qui veut qu'on le laisse tranquille : échapper à la surveillance paranoïaque de son père, étudier au calme, se tenir en-dehors des confréries, ne pas avoir à suivre un office religieux qui ne l'intéresse pas - lui qui est Juif laïque -, ne pas être de la chair à canon... mais il paiera cher son indépendance et son goût pour la solitude. 

Philip Roth introduit également des fissures dans ce monde en apparence contrôlé et policé, comme lorsque les étudiants masculins deviennent brièvement hors de contrôle et mettent à sac la résidence des filles: le père de Marcus, commerçant respecté et honnête père de famille, devient peu à peu fou tandis qu'Olivia, jeune fille de bonne famille, est suicidaire. Une vision de l'Amérique malade de ses guerres et de sa morale oppressante, qui aboutira une décennie plus tard au mouvement hippie et à Mai 68.

Comme Nemesis, ce n'est pas un roman très représentatif de l'univers de Philip Roth, mais c'est un livre extrêmement bien écrit, très accessible, avec un anti-héros attachant, qui égratigne la société bien pensante de l'Amérique des années 50.



C'est ma quatrième contribution au Mois Américain .