samedi 20 décembre 2014

Deux romans auxquels je n'ai pas accroché : Cataract City - Craig Davidson et Dans les yeux des autres - Geneviève Brisac

Cette semaine, au niveau littéraire, je suis allée de déceptions en déceptions : je venais de finir en pestant "L'Oubli" de Frederika Amalia Finkelstein, et j'ai voulu me consoler en lisant "Cataract City" de Craig Davidson, qui a écrit "Un goût de rouille et d'os" adapté au cinéma par Jacques Audiard.

Est-ce le livre qui n'était pas passionnant ou la période qui ne s'y prêtait pas? En tout je n'ai pas du tout accroché, et en ai lu une grande partie en pilote (lectrice?) automatique.

Craig Davidson
Pourtant, le roman commençait bien, avec la sortie de prison, au bout de huit ans, de Duncan Diggs. Celui qui vient le chercher est son meilleur ami d'enfance, Owe, qui est policier. Les deux garçons étaient inséparables, mais un drame les a séparés : à la sortie d'un match de catch, alors que leurs pères étaient pris dans une bagarre, un catcher vedette, Bruiser Mahoney, les a enlevés pour les emmener dans la forêt. Jusque là, je lisais le roman avec avidité, mais la description beaucoup trop longue à mon goût des deux enfants cherchant à sortir de la forêt a eu raison de ma concentration. Concentration qui n'est en fait pas revenue, malgré moultes péripéties du passé comme de l'époque contemporaine : concours de chiens, matchs de boxe, trafic de cigarettes entre le Canada et les USA, bagarres, meurtre, interpellation, rivalité amoureuse... le tout dans une petite ville très bien décrite, entre le temps maussade et l'usine de biscuits mono-employeuse qui donne à tous ses ouvriers une odeur de gâteaux. 

Je donne à ce roman le bénéfice du doute : peut-être l'ai-je trouvé ennuyeux et embrouillé parce que je ne l'ai pas lu au bon moment. 
En tout cas, je serais curieuse de connaitre vos avis sur "Cataract City", j'ai été surprise de ne quasiment pas en trouver sur la blogosphère.

J'ai donc enchaîné sur "Dans les yeux des autres" de Geneviève Brisac, dont le résumé me tentait bien, puisqu'il mentionnait deux sœurs révolutionnaires. Las, je n'ai pas été du tout enthousiaste à la lecture de ce roman... la faute à un narrateur omniscient et trop intrusif ("allons maintenant voir ce que fait Anna..."), à un récit morcelé, à des personnages auxquels je me suis peu attachée...


Geneviève Brisac
Anna, de nos jours, fait le bilan de sa vie. Dès son plus jeune âge, en 1968, elle est devenue militante, en compagnie de sa sœur Molly, de leurs compagnons respectifs, Marek et Boris, et de sa mère Mélini, une femme à forte personnalité. L'aventure s'est arrêtée au Mexique, avec l'emprisonnement de Marek. Anna est ensuite devenue un écrivain reconnu, ce qui l'a brouillée avec sa famille, avant de sombrer dans l'oubli. On suit dans ce livre chacun des personnages, hier et aujourd'hui. Rien n'est très explicite, et le début du roman, de part ce style de narration vraiment très particulier, m'a un peu laissée en plan. J'ai trouvé la suite plus fluide, mais également froide, sans vrai relief. J'ai lu ce roman en retrait, de façon contemplative...je l'ai vu se dérouler devant moi, mais sans lui porter grand intérêt. J'en garde un souvenir gris et froid, et vaguement ennuyeux.

Laure a par contre bien aimé. Son avis ici

29e et 30e contributions au Challenge 1% rentrée littéraire 2014 organisé par Hérisson. J'atteins donc mon 5e % ! 


jeudi 18 décembre 2014

Exposition Street Art à la Fondation EDF

J'ai passé un excellent moment à l'exposition "Street Art - l'innovation au cœur du mouvement" de la Fondation EDF, que j'avais repérée sur les affiches du métro. J'aime bien en général les expositions street art - j'avais notamment vu celle du Musée de la Poste à Montparnasse - et celle-ci a le grand avantage d'être gratuite! Aucune raison de s'en priver, donc, d'autant plus qu'elle est très agréable, présentée dans un espace aux très grands volumes sur trois niveaux, et accessible à toutes les générations.

                                

Assez pédagogique, l'exposition présente les prémices du street art, et donne également les définitions des mots-clés de ce genre.

 

De très nombreuses oeuvres parsèment l'exposition, de tailles et de supports variés.

J'ai particulièrement apprécié ce superbe cheval.





Il y a également des animations, j'ai pu écrire mon prénom avec un pinceau trempé dans de l'eau sur des ampoules électriques, ou tester le light painting.



J'ai rarement vu un espace d'exposition aussi volumineux, on respire vraiment, il y a beaucoup de place pour déambuler et admirer les différentes œuvres. Les photos sont autorisées, ce qui est toujours appréciable.

C'est jusqu'au 1er Mars 2015, 6 rue Récamier 75007 Paris
Entrée gratuite. Du mardi au dimanche, de 12h à 19h.

Le site de l'exposition.


mardi 16 décembre 2014

Idées de cadeaux pour Noel 2014

J'avais envie de faire un billet qui change un peu des chroniques de livres, souvent récents, et de profiter du mois de Décembre pour vous parler de coups de cœur qu'il vous fera peut-être plaisir d'offrir ou de vous offrir pour les fêtes. 

Je ne vais pas parler des romans de cette rentrée littéraire (même si je vous conseille quand même "La Peau de l'Ours" de Joy Sorman, "Le Violoniste" de Mechtild Borrmann, "Price" de Steve Tesich ou "Le Fils" de Philipp Meyer...) , ils sont partout en tête de gondole, et encore plus s'ils ont reçu un prix. Je préfère mettre en avant des livres qui ont pu sortir il y a quelques années, qui sont pour la plupart disponibles en poche, et que j'ai lus et aimés. Pour la plupart, je n'en ai pas encore parlé sur mon blog, c'est donc de l'*inédit* :-)


Romans:

"Je m'appelle Asher Lev" de Chaim Potok : pour répondre à la question de François Busnel, "Je m'appelle Asher Lev" est LE roman qui a changé ma vie. Asher Lev, dès sa prime enfance, possède un incroyable talent pour le dessin. Seulement, il est né dans une famille juive orthodoxe, pour qui le dessin n'est pas un don de Dieu, mais bien une perte de temps, voire une source de péché. Pour vivre pleinement son talent et pouvoir étudier l'Art (et donc les femmes nues, les crucifixions...tout ce qui est contraire à sa religion), Asher va devoir affronter sa famille, sa religion, sa communauté. C'est écrit de façon magistrale, avec une langue très pure, les personnages sont absolument merveilleux, que ce soit Asher, ses parents, le Rebbe ou Jacob Kahn son maître de peinture. Bien sûr ce livre parle d'art et de judaïsme, mais il a une portée universelle : comment s'affranchir de sa famille? comment avoir son individualité lorsqu'on fait partie d'une communauté? Un must-have, qui a une suite, moins forte mais toujours très belle, "Le don d'Asher Lev".

"Démon" de Thierry Hesse : un magnifique roman, le seul que j'aie lu qui parle de la Tchéchénie, où Pierre Rotko, grand reporter, part en reportage. En parallèle on suit également l'histoire de ses grands-parents, juifs en URSS durant l'invasion allemande. C'est incroyablement bien écrit, cela sonne tellement juste que chaque fois que je le lis, j'ai l'impression que c'est un texte autobiographique.

Couverture"L'histoire de l'Amour" de Nicole Krauss : quel beau roman! J'aime beaucoup lorsque plusieurs histoires s'entremêlent, et c'est le cas dans ce livre. De nos jours à New York, Alma, une adolescente dont le père est décédé s'intéresse à un roman que sa mère traduit de l'espagnol en anglais, "L'histoire de l'amour", écrit par un chilien d'origine polonaise. C'est au personnage de ce roman, qu'elle doit son prénom. Un vieil homme habitant non loin de là se remémore sa vie en Pologne et son amour pour une jeune femme Alma, qui ne l'a pas attendu. Il y a des décennies, au Chili, un immigré polonais écrit un roman. C'est très bien composé et ficelé, c'est un roman fort en émotions, et qui m'a tenue en haleine jusqu'à la fin. 

"Le soleil des Scorta" de Laurent Gaudé : l'histoire d'une famille des Pouilles de 1875 à nos jours. Morts violentes, vengeances, exil, mais aussi des amitiés fidèles et une fratrie soudée. Une histoire dure, gorgée de poussière et de soleil, et magnifiquement écrite, qui a bien mérité son Goncourt en 2004. J'étais donc ravie de gagner grâce à Jérôme la version illustrée qui vient de sortir aux éditions Tishina, et qui elle aussi ferait un excellent cadeau de Noel! 



mais aussi "Le Quatrième Mur" de Sorj Chalandon, "D'autres vies que la mienne" d'Emmanuel Carrère, "La table des enfants"d'Isabelle Hausser, "Chambre 2" de Julie Bonnie, "Comment j'ai appris à lire" d’Agnès Desarthe, "La physique des catastrophes" de Marisha Pessl.




L'intégrale : 

"Tout Jane Austen, l'intégrale illustrée", pour lire ou relire "Raison et Sentiments", "Orgueils et Préjugés", "Mansfield Park", "Emma", "Persuasion", "Northanger Abbey" en un seul volume. 

Romans graphiques : 

Maus, d'Art Spiegelman : dois-je encore présenter ce chef-d'oeuvre qu'est Maus? C'est le témoignage graphique d'Art, fils né après la guerre de deux survivants d'Auschwitz, et qui navigue entre les années 30 et 40 en Pologne et l'époque contemporaine aux USA. On retrouve dans ce livre le mal-être de la seconde génération, l'histoire d'amour des parents qui résistera à la tourmente, et surtout le portrait d'un père formidablement antipathique, le tout sous forme animale: souris pour les Juifs, chats pour les Nazis... Un must-have, couronné du Prix Pulitzer.  

Persepolis, de Marjane Satrapi : Persepolis est l'autobiographie sous forme graphique de Marjane, née en Iran: le témoignage de la vie en Iran après la révolution islamique et pendant la guerre Iran-Irak, la douleur de l'exil et du fossé culturel en Autriche puis en France, un très beau portrait de femme, en quatre tomes réunis en un seul volume. 




Blankets, de Craig Thompson: encore une autobiographie, celle de Craig, un adolescent sensible qui vit dans un milieu extrêmement pesant, très conformiste et chrétien, où il se sent en décalage total, à la maison comme à l'école, où son don pour le dessin est moqué. Son histoire d'amour avec Raina, elle aussi abîmée par la vie, va lui redonner le goût du bonheur et de l'art.




Policiers: 

"Le journal d'Asta" de Ruth Rendell : Asta, immigrée norvégienne au Royaume-Uni a écrit durant toute sa vie son journal intime. Publié après sa mort par sa fille, le journal est devenu un best-seller. Mais suite à des lettres anonymes, sa petite-fille Ann soupçonne de lourds secrets de famille, elle va donc mener l'enquête sur ce qui a bien pu se passer il y a plus de 50 ans. Ce n'est pas un whodunnit, mais quel brio dans la construction de ce roman, qui entremêle époque contemporaine et extraits du journal d'Asta retraçant la vie des immigrés au début du XXe siècle. Mon roman préféré de Ruth Rendell. 

"U pour Usurpation" de Sue Grafton : Sue Grafton a publié toute une série de romans policiers commençant par une lettre de l'alphabet (elle en est au W, encore inédit en France) et mettant en scène l'enquêtrice Kinsey Millhone, sans doute mon personnage de romans policiers préféré, dans les années 80. Les différents tomes sont de qualité inégale, mais celui-ci est pour moi le meilleur: lorsqu'un jeune homme affirme avoir été témoin vingt ans auparavant, de l'enterrement d'un cadavre, Kinsey se retrouve à enquêter sur un cold case: l'enlèvement non résolu d'une fillette à la fin des années 60, en  plein flower power. L'intrigue est très bien ficelée, enrichie par les allers-retours entre les années 80 et les années 60.

Documents:

"Une histoire du terrorisme" de Michael Prazan : je lis très peu d'essais mais quel document instructif! Michael Prazan analyse de façon très pertinente le terrorisme de 1945 à nos jours, avec l'impact de la Résistance Française, qui paradoxalement a légitimé pour l'opinion publique les actions de terrorisme. Celles-ci visent à partir de 1945 majoritairement des civils, et s'intègrent dans trois vagues: la décolonisation jusqu'en 1970, puis les actions d'extrême-gauche, et enfin depuis 1990 le Jihad islamique. C'est une lecture que j'ai trouvé très intéressante, mais aussi tellement énervante quand on voit à quel point le terrorisme est excusé et légitimé dans de nombreux pays. A lire absolument!

"Ces extravagantes soeurs Mitford" d'Annick Le Floc'hmoan : j'ai toujours été fascinée par la diversité des six soeurs Mitford, venant de la meilleure noblesse britannique...Nancy deviendra une romancière francophile très connue, Diana épousera Oswald Mosley, le leader de l'extrême-droite anglaise, Unity sera une amie d'Hitler et se serait tiré une balle dans la tête par dépit amoureux pour lui (je ne peux pas m'empêcher de préciser que son deuxième prénom était Valkyrie, et qu'elle avait été conçue dans la ville de Swastika au Canada!), Jessica rejoindra l'extrême-gauche et deviendra elle aussi écrivain, Deborah deviendra duchesse, Pamela aura une vie moins conventionnelle. 

J'espère que cette petite sélection vous aura donné des idées de cadeaux et/ou de lecture!