vendredi 27 février 2015

Ce n'est pas toi que j'attendais - Fabien Toulmé

Difficile de passer à côté de "Ce n'est pas toi que j'attendais", roman graphique ayant été l'objet de moults billets laudatifs sur la blogosphère. 
Fabien et Patricia, déjà parents d'une petite Louise de quatre ans n'auraient jamais dû avoir d'enfant trisomique. Nous sommes en 2009, et les dépistages lors des tout premiers mois de la grossesse permettent de détecter précocément le handicap. Seulement voilà, tout un enchaînement fait que la trisomie 21 de la petite Julia ne sera découverte, non pas pendant la gestation, mais quelques jours après sa naissance. Le ciel tombe sur la tête de Fabien : d'heureux papa plein de belles perspectives, il se retrouve du jour au lendemain stigmatisé en père d'enfant handicapé, et se sent ligoté à vie à un boulet qui suscitera uniquement moqueries ou commisération.



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Fabien Toulmé
Fabien Toulmé, dans ce roman graphique autobiographique, retrace les mois de la grossesse, cette angoisse qu'ont tous les parents d'avoir un enfant malade ou handicapé, les tests qui rassurent, et puis cette sourde peur qui l'étreint, quand il voit finalement son bébé, et qu'il lui trouve une drôle de tête, malgré les dénégations du corps médical. Lorsque finalement le diagnostic est posé, c'est le coup de massue, le sentiment d'injustice, la colère, les larmes, la peur du futur, le regard des autres. L'heureux événement devient triste, cruel, amer. Fabien Toulmé évoque les premiers jours lorsqu'il faut répondre aux messages de félicitations en annonçant le handicap, la haine que l'on ressent en croisant les jeunes parents rayonnants à la maternité, l'espoir furtif que le bébé ne survive pas à sa malformation  cardiaque. Comment un parent peut-il accepter un enfant, l'aimer alors qu'il pense que ce bébé va lui gâcher toute sa vie, qu'il serait mieux sans lui?



Fabien Toulmé est très sincère, parfois brutalement honnête, et il ne cache rien de ses larmes, de son rejet de Julia, puis de la lente évolution de ses sentiments envers sa fille, de l'éveil de son amour pour elle, de l'intensité du bonheur qu'elle lui donnera finalement. L'histoire est vue de ses yeux, et même si Patricia est très présente, c'est le point de vue personnel de Fabien qui est donné, c'est son cheminement propre qui est décrit. 


C'est une histoire bien évidemment intense avec beaucoup d'émotion (je l'ai lue dans le train, et j'ai bien cru que j'allais me mettre à pleurer devant tout le monde) mais paradoxalement il n'y a pas de pathos et de misérabilisme. Tout sonne très juste, très sincère, très évident, c'est parfois poignant mais aussi souvent plutôt drôle, et il y a énormément d'amour dans ce récit.

C'est bien entendu un coup de coeur, que je conseille même à ceux qui ne lisent habituellement pas de romans graphiques - le dessin est précis et les couleurs sont sobres, donc rien qui puisse rebuter les novices en bandes dessinées. Très honnêtement, je ne vois pas comment on peut rester indifférent à cette histoire, ne pas être touché en plein coeur, ne pas refermer ce livre sans aimer la petite famille, sans aimer Julia. 

44e contribution au Challenge 1% Rentrée littéraire 2014 organisé par Hérisson.


                                                           

Et une 5e pépite pour le non-challenge de Galéa "Les pépites de l'année 2014-2015"



Publié le 8 Octobre 2014 aux Editions Delcourt, 256 pages.

mercredi 25 février 2015

Les Suprêmes - Edward Kelsey Moore

Voilà un roman que j'avais envie de lire depuis longtemps! Ce n'est pas du tout une biographie du célèbre groupe, mais une histoire d'amitié entre trois femmes afro-américaines qui dure depuis près de cinquante ans. Odette, au fort tempérament, découvre qu'elle a un cancer. Clarice est mariée avec le charmant mais très infidèle Richmond. Barbara Jean, au physique de mannequin, est alcoolique depuis la mort de son fils. Les trois amies ont un lieu de rendez-vous depuis l'adolescence : le buffet à volonté de Big Earl. 

Edward Kelsey Moore
Il y a beaucoup d'événements dramatiques qui sont évoqués dans ce livre,  mais ce n'est en aucun cas un tire-larmes. C'est surtout un roman sur l'amitié et la solidarité, qui dégage une belle énergie et beaucoup d'optimisme. En effet, les trois femmes se serrent les coudes face à l'adversité depuis des décennies, que ce soit décès, maladies, problèmes de couple ou membres de la famille difficiles à supporter. Il y a de jolies trouvailles dans ce récit, notamment le fait qu'Odette, pendant sa maladie, voit sa mère décédée et d'autres défunts et discute avec eux - sans que le roman tombe pour autant dans le fantastique. Bien sûr, la ségrégation est évoquée, puisque les amies sont jeunes adultes pendant les années 60, mais ce n'est pas du tout le cœur du roman.

C'est un livre feel-good, très agréable à lire, avec un rythme dynamique et des personnages principaux très attachants. C'est le premier roman d'Edward Kelsey Moore, et c'est un début extrêmement prometteur!

Publié le 2 Avril 2014 aux Editions Actes Sud, traduit de l'américain par Cloé Trali , 336 pages.

lundi 23 février 2015

Mon année Salinger - Joanna Smith Rakoff

"Mon année Salinger" est un récit autobiographique de Joanna Smith Rakoff, qui raconte l'année qu'elle a passée comme assistante de l'agent de l'auteur culte et reclus. Après "Oona et Salinger" de Beigbeder, et avant "Et devant moi, le monde" de Joyce Maynard, il semblerait que Salinger soit récurrent dans mes lectures ! 

Joanna entre par hasard comme assistante dans une agence littéraire. Bien que l'histoire se passe en 1996, l'atmosphère y est désuète, et Joanna se retrouve à taper toute la journée sur une antique machine à écrire, alors qu'on est à NY en plein boom informatique (même moi j'avais un ordinateur en 1996!). Le titre de gloire de l'agence est de représenter JD Salinger, et Joanna - qui n'a jamais lu aucun de ses romans - est chargée de répondre aux milliers de lettres de ses fans, l'auteur refusant de recevoir le moindre courrier. JD Salinger est pour elle une voix - sympathique - au téléphone, mais elle découvre au fil des lettres de fans l'ampleur de ce qu'il représente pour eux, qu'ils soient adolescents se retrouvant dans le héros de l'Attrape-Cœur, parents meurtris ou anciens combattants, et cela sera le déclic pour se plonger dans l'oeuvre de l'écrivain. 


Joanna Smith Rakoff
Mais c'est aussi une année charnière pour la vie privée de Joanna qui a rompu avec son petit ami de fac pour vivre une vie de bohème avec un aspirant écrivain, galère pour joindre les deux bouts avec un salaire de misère alors qu'elle doit rembourser l'emprunt qui a financé ses études, et voit ses meilleurs amis se ranger et s'éloigner de New York. Elle devra également faire des choix cruciaux concernant son avenir professionnel.

J'ai apprécié le récit de cette découverte tardive et originale de Salinger et de son impact sur son lectorat. C'est une histoire d'apprentissage qui se lit très bien et j'ai été intéressée par le fait qu'elle se passe en grande partie chez un agent littéraire puisque c'est un métier qui n'est pas du tout répandu en France, contrairement aux pays anglo-saxons. Pas sûre d'ailleurs que l'ancienne patronne de Joanna ait aimé ce livre, vu le portrait que l'auteur fait de cette femme excentrique, qui refuse la modernité et perd un à un tous ses clients, dont la très célèbre Judy Blume, et renvoie de façon bête et disciplinée à Winona Ryder une lettre originale de JD Salinger que celle-ci avait racheté aux enchères pour justement la rendre à l'écrivain. 
Une lecture intéressante, qui donne vraiment envie de se replonger dans l'oeuvre de Salinger.

43e contribution au Challenge 1% rentrée littéraire 2014 organisé par Hérisson.



Publié le 27 août 2014 aux Editions Albin Michel, traduit par Esther Ménévis, 300 pages.

samedi 21 février 2015

Flétrissure - Nele Neuhaus

Moi qui fus une grande lectrice de polars - n'oublions pas que je suis tombée dans la littérature toute petite avec Le Club des 5 et autres Clan des 7 - je n'en lis plus trop actuellement, même si je viens de finir le dernier Indridason, mais Actes Noirs est une collection à laquelle je fais confiance pour découvrir des titres de qualité. Rien que le design noir et rouge me fait saliver - à croire que les couvertures ont été créées par quelqu'un qui connaissait exactement mes goûts! 

J'ai choisi un thriller allemand de Nele Neuhaus, le premier d'une série de livres ayant pour enquêteurs Oliver von Bodenstein et Pia Kirchhoff, et dont quatre ont déjà été publiés en France.

De nos jours, un homme âgé,  David Goldberg, rescapé des camps, est retrouvé abattu chez lui. A l'autopsie, le médecin légiste découvre la trace d'un tatouage de groupe sanguin typique des SS. Un autre vieillard est également tué, ainsi qu'une femme de la même génération. L'enquête s'oriente vers la puissante famille d'industriels Kaltensee...

Comme dans "Rompre le silence" de Mechtild Borrmann, l'intrigue est fortement liée au passé nazi de l'Allemagne, et mêle la grande et la petite histoire. J'ai été happée par ce récit, et ai lu le roman incroyablement vite, tant j'avais hâte de savoir qui était le meurtrier et pourquoi. Il faut dire que tous les éléments étaient réunis pour me plaire : Seconde Guerre Mondiale (parfois je me demande sur quoi on écrirait aujourd'hui s'il n'y avait pas eu de seconde guerre mondiale, tant les romans qui s'y rapportent sont nombreux, encore soixante-dix ans après...), secrets de famille, usurpation d'identité, personnages à la morale douteuse... Nele Neuhaus sait ménager son suspense et a basé son livre sur une excellente idée. 

Nele Neuhaus
"Flétrissure", même s'il est passionnant, n'est pas exempt de défauts, défauts que je constate d'ailleurs régulièrement dans les thrillers: il y a beaucoup trop de personnages et de sous-intrigues, ce qui complexifie inutilement le récit, qui gagnerait en force et en pertinence s'il était un peu simplifié. Par ailleurs, à mes yeux, il y a une invraisemblance que l'on trouve facilement dans les romans dont l'intrigue contemporaine est liée à des éléments du passé : pourquoi la vérité n'a-t-elle pas été découverte beaucoup plus tôt? Surtout lorsque les protagonistes sont des personnes ayant pignon sur rue.

Malgré ces bémols, c'est un thriller que j'ai dévoré et que j'ai trouvé très prometteur. Il me tarde donc de découvrir les romans suivants de Nele Neuhaus, le deuxième de la série étant "Blanche-Neige doit mourir".

Publié le 4 Septembre 2011 aux Editions Actes Sud, traduit de l'allemand par Jacqueline Chambon, 357 pages.