mercredi 23 avril 2014

6 mois!


6 mois aujourd'hui pour "Tu vas t’abîmer les yeux" et 64 articles publiés! Je suis ravie de me révéler moins dilettante et velléitaire que ce que j'aurais pensé ;-)



6 mois de bonnes (et moins bonnes!) lectures, 6 mois de Prix ELLE, 6 mois riches en événements littéraires (conférence/dédicace de Maylis de Kerangal, Salon du Livre avec la dédicace de Sorj Chalandon, Tables Rondes ELLE...), 6 mois de rencontres avec mes co-jurées, 6 mois qui ont vu la création de notre podcast Bibliomaniacs...



Le Prix ELLE ayant pris fin, mes prochaines lectures seront toutes librement choisies, et peut-être aurai-je un peu plus de temps pour vider ma PAL et enrichir ma LAL



Grosses bises à mes fidèles lectrices et lecteurs, à ceux qui me soutiennent, à ceux commentent, à ceux qui ne commentent pas mais n'en pensent pas moins, à ceux qui savent que les femmes qui lisent ne sont pas si dangereuses...et on repart pour six mois! 

                        "Tellement de livres... si peu de temps!"



lundi 21 avril 2014

Un Héros

A quoi sert d'avoir pour père un héros national, quand celui-ci néglige sa famille, est un coureur de jupons invétérés, et tient des propos sexuels devant sa fille de quinze ans? Dans ce livre, publié avant la mort de son père Maurice Herzog, le célèbre alpiniste, Félicité Herzog montre l'envers du décor, tout en analysant finement le rôle d'un "héros" dans la France de l'immédiat après-guerre. Elle va même jusqu'à donner sa propre version de l'acte héroïque, qui selon elle tient plus du leurre, tout en l'écrivant au conditionnel puisque rien n'a été prouvé.


D'après le titre,  Maurice Herzog aurait donc dû être au cœur de ce livre...et pourtant ce n'est pas lui qui m'a intéressé, ce n'est pas son histoire que j'ai retenue après ma lecture. En effet, les deux figures qui m'ont le plus marquée sont celles du frère de Félicité, Laurent, et de sa mère, Marie-Pierre.
L'histoire de ces deux enfants, élevés de façon assez bohème, liés par une relation très forte, mais toxique et destructrice, m'a beaucoup touchée. Laurent, le frère fusionnel, puis brutal et violent, consumé par sa folie, qui manque d’entraîner sa soeur dans une spirale fatale. J'ai particulièrement été émue par le fait que Félicité Herzog a peu à peu pris la place de son frère, rendue vacante par sa maladie puis sa mort, en se consacrant à la finance, qui était le secteur dans lequel Laurent voulait se réaliser.
La mère, Marie-Pierre, m'a également semblé beaucoup plus intéressante et romanesque que le père. Née de Cossé-Brissac dans une famille antisémite et collabo, descendante des Schneider et du dandy Boni de Castellane, elle sera rejetée par ses parents pour avoir épousé en premières noces Simon Nora, intellectuel juif et résistant, dont elle aura deux enfants-curieusement absent du récit de Félicité Herzog. Philosophe, intellectuelle, mère célibataire après son divorce avec son deuxième mari Maurice Herzog, d'une grande beauté-dont héritera d'ailleurs sa fille Félicité-amie de politiciens et d'écrivains, elle mènera une vie indépendante et libre...tout en réintégrant sa famille aux valeurs pourtant opposées aux siennes dès qu'elle se sera séparée de Simon Nora, et en étant fière de son appartenance à ce clan qui l'aura pourtant tenue à l'écart pendant dix ans. C'est un livre qui m'a d'ailleurs fait penser au récit d'Alexandre Jardin, "Des gens très bien".

Je n'ai pas vraiment accroché à l'écriture de Félicité Herzog, que j'ai trouvé assez ampoulée, mais j'ai été touchée par son histoire familiale, par la grandeur apparente et la décadence en coulisses, par sa relation avec son frère et par le portrait de sa mère. Un ressenti aux antipodes de ce que je pensais trouver dans ce livre, puisque je l'avais lu pour en savoir plus sur Maurice Herzog, mais un récit qui m'a marquée.

vendredi 18 avril 2014

Bilan du Grand Prix ELLE

J'ai envoyé hier mes dernières fiches de lecture à ELLE dans le cadre du Grand Prix 2014.
Depuis Juillet, j'aurai lu 28 livres choisis par le magazine, afin de décerner le prix du meilleur roman, du meilleur policier et du meilleur document. 


Cela n'a pas été toujours facile de suivre le rythme, de devoir lire des livres imposés-parfois des pavés!- dont le sujet ne m'intéressait pas forcément, même s'il y a eu quelques bonnes surprises. Il était également difficile parfois de trouver du temps pour mes propres lectures. Mais je ne regrette absolument rien, c'est une très belle aventure, littéraire, et surtout humaine: la rencontre-virtuelle mais également "en vrai"-avec mes co-jurées grâce à Facebook, la création de mon blog, le podcast Bibliomaniacs, les tables rondes ELLE du Salon du Livre...ces rencontres, cette dynamique, ce projet commun vont beaucoup me manquer. (On ne peut être membre du Jury que tous les trois ans) Il est bon de se rendre compte que la lecture n'est pas forcément une activité solitaire, et cela m'a fait beaucoup de bien de partager cette aventure avec mes co-jurées, d'échanger sur nos coups de cœur, nos coups de gueule, et de nous soutenir quand la lassitude nous gagnait. Vivement la remise des Prix le 5 juin, une nouvelle opportunité de se rencontrer!

Voici les livres que j'ai lu dans le cadre du Prix ELLE, et qui sont susceptibles de recevoir un Prix. 
Le principe étant que chaque jurée est rattachée à un mois, pour lequel elle doit déterminer le meilleur roman, le meilleur policier, le meilleur document. Elle reçoit donc à cet effet 3 romans, 2 policiers, 2 documents. Les trois "élus" du mois (un dans chaque catégorie) seront à leur tour lus par les jurées des autres mois.

Jury de Septembre:
Tout s’est bien passé d’Emmanuelle Bernheim
Zone de non-droit d’Alex Berg

Jury d'Octobre: 
Tout ce que je suis d’Anna Funder
Fille de la Campagne d’Edna O’Brien
La maison des absents de Tana French

Jury de Novembre: 
Cherchez la Femme d’Alice Ferney (rencontrée aux Tables Rondes de ELLE) 
Fitzgerald le désenchanté de Liliane Kerjan (rencontrée aux Tables Rondes de ELLE) 
Absences d’Alice La Plante

Jury de Décembre: (mon Jury, donc j'ai dû lire 3 romans, 2 policiers, 2 documents)
Esprit d’Hiver de Laura Kasischke
(Lady Hunt d'Hélène Frappat)
(L'Echange des Princesses de Chantal Thomas)
Passion Arabe de Gilles Kepel (rencontré aux Tables Rondes de ELLE) 
(Le Garçon Incassable de Florence Seyvos)
Longue Division de Derek Nikitas
(Les Lumineuses, de Lauren Beukes) 

Jury de Janvier:    
Petites Scènes Capitales de Sylvie Germain
Attentat Express de Caroline Poiron (rencontrée aux Tables Rondes de ELLE) 
La théorie de chaos de Leonard Rosen

Jury de Février:
Et tu danses, Lou de Philippe Lefait et Pom Bessot (rencontrés aux Tables Rondes de ELLE) 
Témoin de la nuit de Kishwar Desai

Jury de Mars:
Sulak de Philippe Jaenada (rencontré aux Tables Rondes de ELLE) 
Ailleurs de Richard Russo
Les Impliqués de Zygmunt Miloszewski 

Jury d'Avril :
Je suis interdite d'Anouk Markovits
Yeruldelgger de Ian Manook

Mes favoris pour le Prix sont:
Catégorie Roman: Sulak de Philippe Jaenada
J'ai également apprécié En même temps toute la terre et tout le ciel, de Ruth Ozeki, et Esprit d'Hiver de Laura Kasischke

Catégorie Document: Tout s'est bien passé, d'Emmanuèle Bernheim, très loin devant tous les autres concurrents

Catégorie Policier: Les Impliqués de Zygmunt Miloszewski 
J'ai également apprécié La Maison des Absents, de Tana French

                      

Je n'ai détesté aucun polar, par contre je ne serais pas très heureuse si Fille de la Campagne recevait le Prix du meilleur document, et si Une Faiblesse de Carlotta Delmont, Tout ce que je suis ou Je suis interdite étaient élus meilleur roman...

J'aurais du mal à avoir passé quasiment un an dans cette aventure pour me retrouver associée avec des livres primés qui ne m'ont absolument pas plu et dans lesquels je ne me reconnais pas du tout...déjà que je regrette fortement que "Le Quatrième Mur" ou "Réparer les Vivants" n'aient pas été dans la sélection, et donc susceptibles de recevoir le Prix...Mais cela fait partie du jeu, et je ne me plains pas: heureusement "L'Invention de nos Vies" n'a pas passé les sélections du mois de Janvier!)

Verdict le 5 juin ...

mardi 15 avril 2014

Yeruldelgger

Un titre imprononçable, une couverture vraiment peu attirante, a priori rien ne me tentait dans ce polar lu dans le cadre du Prix ELLE, et qui vient de recevoir le Prix des lecteurs Quais du Polar. 


Pourtant le charme, si l’on peut dire vu la violence de l’histoire, a relativement opéré. Si l’écrivain est français, le roman a un décor plutôt original, puisqu’il se passe en Mongolie. L’inspecteur Yeruldelgger, qui donne son titre au roman, enquête sur l’assassinat de trois Chinois émasculés ainsi que sur la mort d’une petite fille retrouvée enterrée avec son tricycle. Des symboles nazis sur le cadavre des Chinois oriente les recherches vers le milieu néo-nazi mongol tandis que le passé douloureux de Yeruldelgger revient le hanter : il y a cinq ans, sa petite fille Kushi était enlevée et retrouvée morte par strangulation.

L’atmosphère du roman est très réussie, et j’ai beaucoup apprécié de découvrir par cette lecture un pays, la Mongolie, dont j’ignorais absolument tout, que ce soit historique ou culturel. Mais pas sûr que l’auteur me donne envie d’y voyager, vu la somme des horreurs qu’il décrit. Outre le milieu néo-nazi et la police corrompue, il y a très peu de personnages féminins qui ne se fassent pas torturer ou violer, voire les deux. N’attendez pas de résolution classique des affaires : en Mongolie, les policiers ne semblent pas envoyer les coupables en prison, mais faire justice eux-mêmes de façon expéditive.  L’histoire reste néanmoins prenante et haletante, même si je n’ai pas été tout à fait convaincue par la crédibilité des rebondissements de l’intrigue et de la façon dont elle est résolue. J’ai également regretté que le héros- l’inspecteur Yeruldelgger – concentre à peu près tous les clichés du policier loup solitaire, blessé à tout jamais par la mort non élucidée de sa fille cadette, en proie à l’hostilité de sa fille aînée, incapable d’ouvrir son cœur pour retrouver l’amour… 


C’est un thriller qui m’a accrochée, que j’ai trouvé bien écrit, notamment au niveau des descriptions -il m’a été facile de visualiser les scènes décrites, les paysages, j’imagine bien une adaptation cinématographique de ce livre- et j’ai apprécié le fait de découvrir un pays méconnu, mais même si Yeruldelgger reste une bonne lecture, ce n’est néanmoins pas un coup de cœur, et ma préférence pour la sélection "Policiers" ira donc aux Impliqués.

vendredi 11 avril 2014

La Nostalgie Heureuse

Je ne suis pas du tout adepte d'Amélie Nothomb, et n'ai jamais vraiment compris comment elle est devenue un tel auteur culte en France tant j'accroche peu à ses romans , mais un billet de Fleur m'a donné envie de lire son dernier livre, la Nostalgie Heureuse. Et bien m'en a pris, car ce fut une jolie surprise. 
La Nostalgie Heureuse n'est pas une fiction mais le récit du retour d'Amélie Nothomb pour quelques jours au Japon dans le cadre d'un reportage tourné par France 5. C'est l'occasion de revoir sa vieille nourrice Nishio-San, de retourner dans son école maternelle, de retrouver son ancien fiancé Rinri, qui était le sujet de son livre "Ni d'Eve ni d'Adam", d'aller à Fukushima, de rencontrer celle qui traduit ses romans en japonais...

Voir avec des yeux d'adulte les lieux de son enfance, retrouver sa nourrice âgée, délaissée par sa famille, n'ayant jamais entendu parler du drame de Fukushima, revoir un ancien fiancé et s'expliquer non seulement sur la rupture brutale mais aussi sur le contenu du roman écrit sur lui... j'ai trouvé le récit d'Amélie Nothomb très touchant, sincère, et même s'il est très personnel, finalement assez universel. J'ai été très intéressée également par le concept de Nostalgie Heureuse, qui donne son titre au récit
"Natsukashii désigne la nostalgie heureuse, l'instant où le beau souvenir revient à la mémoire et l'emplit de douceur. Vos traits et votre voix signifiaient votre chagrin, il s'agissait donc de nostalgie triste, qui n'est pas une notion japonaise"

J'ai donc beaucoup aimé ce récit de retour au pays de l'enfance, de confrontation des souvenirs, de questionnements, de nostalgie, qu'elle soit heureuse ou triste. J'aimerais d'ailleurs beaucoup voir le fameux reportage de ce voyage, tourné par France 5. Pas sûr que cela fera pour autant de moi une fan d'Amélie Nothomb, mais cela me donne néanmoins envie de lire ou relire ses romans consacrés au Japon. 

mercredi 9 avril 2014

Super Héros-l'art d'Alex Ross

Des affiches dans le métro m'ont conduite jusqu'au Mona Bismarck American Center for Art & Culture, dans le XVIe arrondissement, afin de visiter l'exposition "Super Héros" consacrée aux oeuvres d'Alex Ross. Considéré comme le "Norman Rockwell du monde du comic-book", Alex Ross consacre sa carrière à la représentation des personnages de Marvel et de DC: Batman, Superman, Spiderman, Wonder Woman... 
Cette exposition est une très belle présentation de l'univers du comic book, de plus en plus à la mode au vu des films qui sortent régulièrement sur ce sujet (rien que d'ici Mai: The Amazing Spiderman, Captain America 2 et le nouveau X-Men!)


Même si, comme moi, on ne connait pas bien cet univers, l'exposition reste très plaisante, et retrace également l'histoire des personnages et la raison de leur création, souvent dans un objectif patriotique. 


A noter: un très beau dessin effectué par la mère de l'artiste, qui était également illustratrice.

Pour plus d'informations, le site du centre Mona Bismarck.

lundi 7 avril 2014

Le parfum de ces livres que nous avons aimés

Sous ce titre qui hésite entre l'émouvant et le mièvre-j'ai trouvé bien plus réussi le titre original "The end of life book club"-se cache un hommage de Will Schwalbe à sa mère aujourd'hui décédée, et à la littérature. C'est un document que j'ai lu dans le cadre du Prix ELLE.


La mère de Will Schwalbe est atteinte d'un cancer du pancréas- pour l'accompagner de manière plus agréable pendant sa chimio et ses derniers mois de vie, pour dialoguer sans forcément que ce soit lié à la maladie, pour créer un lien privilégié avec sa mère, l'auteur fonde avec elle un club littéraire à deux: ils vont lire ou relire les mêmes livres, puis en discuter. C'est l'occasion pour eux d'évoquer les événements de la vie, des épisodes familiaux et également mieux se connaitre.

Grâce à ce document, j'ai pu découvrir de nombreux romans que je ne connaissais pas (à part "Sa Majesté des Mouches", "Suite Française", les romans de Khaled Hosseini, et autres Bilbo le Hobbit, rare étaient les livres dont j'avais entendu parler) et que j'ai désormais envie de lire. Mais finalement, même si j'ai été touchée par l'utilisation de la littérature pour créer des liens entre une mère et son fils et tenter d'améliorer le quotidien en puisant de la force, c'est surtout le portrait de Mary Ann Schwalbe qui m'a interpellée: bien sûr, Will Schwalbe écrit avec tellement de tendresse et d'admiration pour sa mère qu'il y a parfois un manque de distance et que l'on frôle l'hagiographie, mais il faut dire que sa mère est assez extraordinaire. Elle a non seulement eu une carrière prestigieuse à Harvard et Radcliffe mais s'est également fortement investie dans des projets humanitaires concernant les réfugiés, partant en mission dans les Balkans, au Moyen-Orient ou en Afrique. L'un de ses derniers projets était de mettre en place une bibliothèque en Afghanistan.  

Le thème m'a donc beaucoup plu, j'ai été également touchée par la façon dont Will Schwalbe raconte le quotidien d'une personne confrontée à la maladie de sa mère (quelles questions poser ou ne pas poser, que communiquer à l'entourage, réaliser ou pas des projets quand ils peuvent nous éloigner de la personne mourante... )et j'ai aussi été admirative et fascinée par cette femme qui a su mener de front vie familiale, vie professionnelle et vie humanitaire. J'ai néanmoins trouvé qu'il y avait quelques longueurs dans le récit, et j'ai parfois éprouvé un peu d'ennui lors de ma lecture. Il n'empêche que cela reste un livre touchant et agréable, et quand même une jolie surprise apportée par le Prix ELLE.