samedi 18 avril 2015

Un membre permanent de la famille - Russell Banks

Je ne suis pas très branchée nouvelles donc j'en lis assez peu, mais comme j'aime beaucoup Russell Banks, ma curiosité a pris le dessus. "Un membre permanent de la famille" est composée d'une dizaine nouvelles, la plupart n'étant cependant pas inédites. 

Les sujets des nouvelles sont divers et variés : un homme greffé du cœur est contacté par la femme du donneur, qui souhaite le rencontrer ; un artiste reçoit un prix prestigieux qui va révéler une facette cachée de son entourage ; une femme a enfin les économies nécessaires pour s'acheter sa première voiture d'occasion ; un homme est invité à une fête de Noël par son ex-femme et le nouveau mari de celle-ci ; le client d'un bar reçoit d'étranges confidences de la part de la serveuse... 

J'ai eu du mal à entrer dans ce recueil car la première nouvelle ne m'a pas emballée plus que ça. Certaines sont par contre de vrais bijoux, notamment "Blue" - l'histoire de cette femme qui va enfin pouvoir s'acheter sa première voiture - qui est juste incroyable. Je me suis d'ailleurs demandé si cette nouvelle n'était pas un clin d’œil à un célèbre roman de Stephen King (je ne vous dis pas lequel pour ne pas vous gâcher la surprise). 



Russell Banks 
Quasi toutes les histoires se passent sur une durée courte, quelques minutes, une soirée, où tout peut basculer : un instant d'inattention va réduire en poussière la fragile organisation d'une garde alternée, un dîner entre amis pour fêter une récompense va mettre en lumière la face cachée de relations supposées solides, la mort d'un animal sème le doute sur le bien-fondé d'un projet... 


Je n'ai pas adhéré à toutes les histoires ou au traitement de ces histoires. J'ai par exemple adoré l'ambiance d' "A la recherche de Veronica" mais la réaction du client à la fin ne m'a pas convaincue, par contre je n'ai pas du tout accroché à l'histoire de la femme qui rend visite à son amie récemment veuve, à celle de l'homme au perroquet imaginaire, et - même si j'ai vraiment apprécié l'atmosphère créée - à celle de l'homme qui demande conseil au barman pour trouver des distractions nocturnes. 

Même si certaines nouvelles ne m'ont pas plu, toutes sont très bien construites, très bien écrites, avec ce talent qu'a Russell Banks pour camper le décor et les personnages. Je me suis aperçue que je visualisais sans effort toutes les scènes décrites dans chaque nouvelle, ce qui montre la force de son écriture. 
Cela fait quelques jours que j'ai fini de lire ce recueil, et les histoires et les atmosphères sont toujours très présentes dans ma tête, même pour les nouvelles que j'ai le moins aimées.

Une bonne surprise qui me donnera peut-être envie de me remettre aux nouvelles... (le recueil de Ron Rash "Incandescences" me fait de l’œil)

16e participation au Challenge Rentrée Hiver 2015 organisé par Valérie et hébergé par Laure de Micmelo.

challenge rentrée d'hiver

Publié le 7 Janvier 2015 aux Editions Actes Sud, traduit par Pierre Furlan, 238 pages. 

jeudi 16 avril 2015

Un hiver à Paris - Jean-Philippe Blondel

Je ne connaissais pas Jean-Philippe Blondel et l'ai découvert avec ce livre à La Grande Librairie, où son intervention m'a vraiment donné envie de lire "Un hiver à Paris".

Victor reçoit une lettre d'un certain Patrick qui le ramène trente ans en arrière. Brillant lycéen de province issu d'un milieu modeste, il postule à une prestigieuse prépa littéraire à Paris, où il se retrouve isolé au milieu de jeunes bourgeois de la capitale. En 1984, en khâgne, il prend l'habitude de fumer en compagnie d'un étudiant d'hypokhâgne, Mathieu, et pense qu'ils sont sur le point de devenir amis. Mais, en plein cours avec un professeur aux tendances sadiques, Mathieu se jette par la fenêtre. Victor devient tout d'un coup "l'ami de Mathieu", ce qui lui donne un statut et lui ouvre les portes de l'appartement de l'étudiant le plus populaire et respecté de la prépa. Et quand Patrick, le père de Mathieu, demande à rencontrer les amis de son fils, Victor est désigné comme le plus proche de lui. Une relation se crée entre le père qui a perdu son fils, et le jeune homme en décalage à la fois entre son milieu d'origine et celui où il évolue désormais.


Jean-Philippe Blondel
"Un hiver à Paris" c'est le récit du moment charnière de la vie de Victor, qui est constamment dans l'entre-deux : entre l'adolescence et l'âge adulte, entre la province et Paris, entre un milieu modeste et un milieu aisé, entre une vie simple et des sphères plus prestigieuses, entre des parents avec qui il n'a rien en commun et des condisciples avec qui il n'a rien en commun non plus. Le suicide de son "presqu'ami" Mathieu sera le déclencheur qui l'aidera à faire enfin un choix. Cet événement tragique  bouleversera la vie de Victor mais montrera également qu'il est sans réelle conséquence sur le fonctionnement de la prépa : après quelques jours de bruissement, le quotidien scolaire reprend à l'identique. Pour Victor au contraire, c'est un acte qui l'attriste et le bouscule, mais aussi qui le fait accéder au monde de Paul, élève le plus brillant de la prépa, qui l'héberge dans son immense appartement bourgeois et l'épaule dans ses études, et lui fait rencontrer le père de Mathieu, Patrick,  avec qui se crée une relation, qui elle aussi navigue entre plusieurs mondes : Victor est-il un ami, un fils, voire même plus que cela, pour cet homme en deuil? Dans ces deux relations, avec son condisciple Paul et avec Patrick, règne une ambiguïté qui démontre qu'encore une fois Victor n'est pas à sa place. 

 "Un hiver à Paris" est une saison décisive dans la vie d'un homme qui devra choisir entre ce qu'il voudrait être et ce qu'il est vraiment. C'est un très beau roman d'initiation sur les décalages sociaux, sur les classes préparatoires, sur le deuil, sur les décisions qui changent le cours d'une vie. Un auteur que je suis ravie d'avoir découvert et dont j'ai envie de lire d'autres livres.


15e participation au Challenge Rentrée Hiver 2015 organisé par Valérie et hébergé par Laure de Micmelo.

challenge rentrée d'hiver

Publié le 1er Janvier 2015 aux Editions Buchet Chastel, 288 pages.

mardi 14 avril 2015

Le Voyant - Jérôme Garcin

"Le Voyant" du titre Jacques Lusseyran, qui perdit la vue à la suite d'un accident à l'école quand il avait huit ans, en 1932. Ses parents feront en sorte qu'il continue une scolarité normale, muni d'une machine à écrire en braille et de livres adaptés, et Jacques fera fi de son handicap, devenant un étudiant brillant et extrêmement cultivé. Sa cécité sera sa force, une sorte de sens supplémentaire qui jamais ne le freinera mais au contraire l'aidera dans toutes les périodes de sa vie.

Lorsque la guerre éclate, il entre en classes préparatoires au Lycée Louis-le-Grand. C'est là qu'il va participer à la mise en place d'un réseau de jeunes résistants, pour la plupart lycéens ou étudiants. Son sens auditif développé l'aidera à recruter de nouveaux membres en détectant dans l'intonation de leurs voix leurs forces ou leurs faiblesses. Jacques Lusseyran tiendra notamment un poste important au sein du comité de rédaction du journal clandestin "Défense de la France".  

C'est à l'été 1943 que sa vie va basculer : alors qu'il a largement le niveau pour entrer à l'Ecole Normale Supérieure, et qu'il a déjà passé deux épreuves écrites, il est expulsé de la salle d'examen car un décret de Vichy interdit la présence de handicapés dans la fonction publique. Un mois plus tard, il est arrêté pour faits de résistance, dénoncé par un agent infiltré dans son réseau et incarcéré à Fresnes. Il sera déporté à Buchenwald début 1944, où il intégrera le block des invalides.


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Jérôme Garcin
Comme beaucoup de gens, je n'avais jamais entendu parler de Jacques Lusseyran, que ce soit en tant que résistant, que déporté ou qu'écrivain. On eut pu quand même penser que le fait qu'il soit aveugle ait marqué la mémoire française, mais non. Jérôme Garcin avec son roman, a voulu sortir de l'oubli cet homme hors du commun. On sent son admiration - tout à fait méritée - pour le personnage dans cette biographie passionnante, malgré quelques envolées lyriques un brin agaçantes. 


Jacques Lusseyran
Ce qui est fascinant chez Jacques Lusseyran c'est que son handicap aura toujours été sa force et non sa faiblesse. Jamais il ne se plaindra, jamais il ne se restreindra...selon lui, sa cécité lui permet de mieux voir que les voyants, de sentir des choses qu'ils ne sentent pas, et d'avoir une richesse intérieure supplémentaire. Je ne savais même pas que des personnes handicapées avaient pu survivre à la déportation, je pensais qu'elles étaient assassinées dès leur arrivée au camp. Jacques survivra grâce à son don pour les langues, et grâce aux liens qu'il tissera avec d'autres déportés. Toute sa vie, son charisme attirera amis et amantes, fascinés par son intelligence et son aura. L'histoire de son amitié avec Jean Besnée, son condisciple, résistant comme lui et qui mourra en déportation est extrêmement émouvante.

La France ne rendra pas justice à Jacques Lusseyran : en trop bonne condition physique pour recevoir une allocation de déporté, mais trop handicapé pour la fonction publique pour pouvoir y être enseignant, il devra s'exiler pour travailler. Les Etats-Unis accueilleront les bras ouverts le "Blind Hero of the French Resistance" mais il y subira les foudres de la bonne morale à cause de sa vie privée tumultueuse, qui égratigne le côté hagiographique de sa biographie. Multipliant les conquêtes, il ne sera pas un père impliqué et vivra en grande partie à des milliers de kilomètres de ses enfants. Dommage d'ailleurs qu'un homme qui a tant fait pour les autres semble s'être si peu investi pour sa famille. En 1971 il vit à Hawaï et lors d'un séjour en France, il trouve la mort dans un accident de voiture aux côtés de sa troisième femme. Son décès est mentionné dans la presse française sous le titre "Mort de deux habitants d'Honolulu". Rien sur son passé de résistant ou de déporté.

"Le Voyant" est, malgré une écriture un peu trop lyrique à mon goût, une belle biographie d'un homme qui a prouvé que la cécité n'est pas une fin en soi. Ce livre donne vraiment envie de découvrir l'autobiographie de Jacques Lusseyran publiée en 1953, "Et la lumière fut", et la réécriture que celui-ci fit en anglais pour le public américain quelques années plus tard.


14e participation au Challenge Rentrée Hiver 2015 organisé par Valérie et hébergé par Laure de Micmelo.

challenge rentrée d'hiver

Publié le 1er janvier 2015 aux Editions Gallimard, 192 pages.

samedi 11 avril 2015

Exposition Vivian Maier à l'Ecole des Beaux-Arts de Versailles (jusqu'au 23 avril)

Le nom de Vivian Maier vous est sans doute familier puisqu'un documentaire qui lui était consacré "A la recherche de Vivian Maier" est sorti à l'été 2014 et a remporté un vif succès.

Il faut dire que cette histoire est digne d'un film : en 2007, un jeune collectionneur de 25 ans, John Maloof, achète par hasard dans une salle des ventes un lot comprenant 30 000 négatifs. Lorsqu'il prend conscience que les photographies qu'il a en sa possession sont dignes des plus grands photographes, il achète également les autres lots mis en vente. Au total il devient propriétaire de plus de 100 000 négatifs. Dans une des boites, il découvre en 2009 une facture au nom de Vivian Maier. Une recherche sur Google lui apprend que c'est une dame âgée décédée quelques jours plus tôt à l'âge de 83 ans. 

Pendant des décennies Vivian Maier, qui était nourrice de profession, a pris des photos dans les rues de New York et Chicago, saisissant des anonymes sur le vif, mais aussi aux quatre coins du monde lors d'un périple effectué dans les années 50.
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Autoportrait de Vivian Maier
Cette femme discrète et secrète n'avait jamais montré ses photos, et d'ailleurs avait arrêté de les développer après 1976, n'ayant plus accès à la salle de bains de ses anciens employeurs pour le faire elle-même et n'ayant pas assez d'argent pour les confier à un laboratoire. Les centaines de cartons contenant ses négatifs et mis aux enchères avaient d'ailleurs été saisis par les huissiers car Vivian Maier, à la fin de sa vie, ne pouvait plus payer les traites du garde-meuble où ils étaient entreposés.

Vivian Maier

Dans cette belle exposition qui montre une trentaine de photos, quelques autoportraits de Vivian Maier, mais surtout un reportage effectué en France sur les paysans du Champsaur. En effet la mère de Vivian était française, originaire de cette vallée, et Vivian y a passé une partie de son enfance et y est revenue plusieurs fois. Cette exposition donne un aperçu du talent de cette mystérieuse photographe, et se fait le témoin d'un monde aujourd'hui disparu.

Vivian MaierIl ne reste plus beaucoup de temps pour aller voir cette exposition, qui  - bonne nouvelle - est gratuite. Elle est installée à l'Ecole des Beaux-Arts de Versailles jusqu'au 23 avril. Quant à moi, je vais maintenant aller regarder le documentaire, tant cette exposition a piqué ma curiosité.

Plus de renseignements ici.

Galerie de l'Ecole des Beaux-Arts
11 rue Saint-Simon à Versailles
Tous les jours de 15h à 19h, entrée libre. 

Crédits : photos de Vivian Maier - Collection John Maloof Association Vivian Maier et le Champsaur

vendredi 10 avril 2015

Mr Mercedes - Stephen King

Cela faisait un certain temps que je n'avais plus lu de romans de Stephen King, et le fait qu'il innove en sortant cette année son premier polar m'a intriguée et donné envie de m'y remettre.

Au petit matin, alors que des centaines de chômeurs font la queue en attendant l'ouverture d'un salon consacré à l'emploi, une personne au volant d'une Mercedes fonce intentionnellement dans la foule, tuant huit personnes. L'affaire n'est pas résolue, mais le tueur envoie un jour une lettre à l'inspecteur en charge du dossier, Bill Hodges, parti depuis à la retraite. Cette lettre sort Bill de sa dépression et l'incite à reprendre l'enquête.



Stephen King
Ce polar n'est pas un whodunnit, du moins pour le lecteur, qui sait rapidement qui est le tueur. Stephen King reprend des thèmes qui lui sont chers, notamment la perversion déguisée sous la candeur : dans "ça" le tueur était un clown, celui-ci est un marchand de glaces. L'auteur joue également comme souvent avec les peurs urbaines, notamment celles liées aux grands rassemblements
de personnes. 

Mes consœurs de Bibliomaniacs n'ont pas du tout aimé ce livre, mon avis est quand même plus positif. Stephen King ne s'est effectivement pas foulé pour la construction du personnage de son enquêteur, qui concentre tous les clichés habituels de l'inspecteur à la retraite, gros, dépressif et ayant des problèmes de santé. Certains rebondissements sont cousus de fil blanc, et il y a même des incohérences (il est par exemple précisé que Bill "ne sait pas qu'il ne reviendra jamais dans sa maison"...sauf qu'il y revient bien, et même plusieurs fois!) voire des incongruités : quel besoin d'aller inventer un réseau social s'appelant "Le parapluie bleu de Debbie"? 
Cela dit, même si le style est plutôt pauvre - mais Stephen King n'est pas réputé pour utiliser un style très littéraire - j'ai trouvé la lecture de ce polar plutôt agréable. Le personnage du tueur est relativement bien construit, et le fait qu'il ait deux métiers, l'un lui donnant une apparence de gentillesse, l'autre lui permettant d'entrer facilement chez les gens et d'inventer des gadgets facilitant ses méfaits, est une bonne idée, tout comme la relation qu'il entretient avec sa mère, et qui est glauque à souhait.

Ce n'est clairement pas un "grand" Stephen King qui semble beaucoup plus à l'aise dans le registre de l'horreur et du fantastique, mon préféré étant Simetierre. C'est dommage, car l'idée de départ était excellente et les personnages sont plutôt attachants (vive le politiquement correct avec la bande d'"enquêteurs" constituée d'un homme âgé, d'une femme, d'un jeune noir et d'une grande dépressive). A lire sans déplaisir mais rapidement. 

Merci à Arthur aux Editions Albin Michel! 


13e participation au Challenge Rentrée Hiver 2015 organisé par Valérie et hébergé par Laure de Micmelo.

challenge rentrée d'hiver

Publié le 28 janvier 2015 aux Editions Albin Michel et traduit par  Océane Bies et Nadine Gassie, 550 pages.
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