vendredi 3 juillet 2015

Deux Minutes - Coralie Bru

Autant être claire et transparente dès le début : pour ceux qui ne le savent pas, Coralie Bru est une de mes amies, nous nous sommes rencontrées lors du Grand Prix ELLE 2014 où nous étions toutes les deux membres du jury, et nous enregistrons ensemble le podcast littéraire mensuel "Bibliomaniacs" avec Laure et Marjorie.

Coralie m'a fait confiance pour faire partie des premiers lecteurs de sa version finale de "Deux Minutes" et pour lui faire part de mes commentaires et critiques éventuels. (Pour tout vous dire, je figure dans les remerciements à la fin du livre...) Cela m'a bien entendu fait plaisir, même s'il y a toujours la crainte d'être confrontée à un roman que l'on ne va pas aimer et de devoir ensuite l'annoncer à son auteur, ou alors d'être obligée de mentir éhontément!

Heureusement, cela n'a pas été le cas avec "Deux Minutes", que j'ai beaucoup aimé !  Et je n'aurais surtout pas voulu me priver d'écrire un billet sur ce roman simplement parce que je connais Coralie - même s'il était important d'être transparente sur ce fait.

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Coralie Bru
Lise est ravie de passer l'après-midi avec Léo, son fils de quatre ans. Et quelle meilleure idée que d'aller au parc juste en face de chez eux, puisqu'il fait beau? Quand il commence à faire froid, Lise veut aller chercher une veste, mais Léo insiste pour rester jouer au parc...Alors, Lise accepte l'offre d'une autre maman qui lui propose de surveiller Léo quelques minutes, juste le temps de traverser la rue, monter à son appartement attraper un manteau et revenir. Mais quand Lise revient, deux minutes plus tard, la femme et son bébé ont disparu... et Léo également.

Cela commence comme un thriller, mais cela n'en est pas un. Vous n'allez pas frissonner pendant 200 pages en vous demandant si Léo va bien ou s'il a été découpé en rondelles par une psychopathe, puisque Léo va être retrouvé - l'enquête n'est pas le sujet du livre. "Deux Minutes" commence en fait, là où les autres romans se terminent. Que se passe-t-il ensuite, dans la cellule familiale? Léo n'a pas été enlevé dans la nuit par un kidnappeur entré dans sa chambre par effraction, c'est Lise, sa propre mère qui a pris la mauvaise décision, au mauvais moment, avec la mauvaise personne. Confier son enfant un bref laps de temps à une inconnue même si elle a l'air avenant, même si elle est accompagnée de son propre enfant, n'est effectivement pas la meilleure idée du monde, mais en théorie, dans 99,99 % des cas, quand Lise serait revenue deux minutes plus tard, elle aurait retrouvé son fils jouant tranquillement sous la surveillance de l'autre maman et n'y aurait même plus pensé le soir venu. Mais cette décision, pas anodine mais pas si grave que ça, ces deux petites minutes de rien du tout, ont complètement bouleversé la vie jusque-là paisible de la famille - et même si Léo est retrouvé rapidement, sain et sauf, il est difficile de passer à autre chose, d'oublier la décision de Lise, de ne pas penser aux choses bien plus graves qui aurait pu se produire. 

Comment retrouver la confiance de son conjoint qui, tout aimant qu'il soit, ne peut pas s'enlever de la tête que Lise a mis son fils -leur fils - en danger? Comment retrouver une relation normale avec son fils quand on vit avec la culpabilité de cette nonchalance? Comment se reconstruire se disant qu'on sera toujours stigmatisée  -dans la famille, dans le quartier, au bureau-comme la mauvaise mère qui a confié son fils de son plein gré à une folle?

J'ai été bluffée par la justesse de ce livre, tant au niveau psychologique, qu'au niveau des situations et des dialogues. Il est facile d'imaginer les lieux décrits, tout sonne juste, que ce soit les conversations avec les parents, les mimiques de Léo, la situation de gêne et de plaisir mêlés quand on revoit une ancienne camarade d'école à qui on n'a plus grand chose à dire mais avec qui il existe encore une familiarité qui fait du bien. Et puis il y a ces expressions, ce vocabulaire qui fait mouche et parfois sourire tant c'est bien trouvé, cette maîtrise de l'oralité dans les conversations...


"Tu es allé vers le bateau mais pas vers chez nous alors."
"Non, elle s'est trompé de côté. Je lui ai dit qu'elle se trompait de côté !!!!!!!"
Maintenant, se souvenir de cela l'agace. Il a dû réserver quelques regards passablement irrités à sa ravisseuse. Il lui a bien dit qu'ils partaient dans le mauvais sens.


Au repas, sa mère cherche à avoir des nouvelles de Lucie, plutôt à confirmer ce qu’elle sait déjà. Lise ne sait pas grand-chose.  De quoi ont-elles pu parler ? Ses deux mains triturent un torchon mais, un peu impatiente, elle finit par le jeter en boule sur le plan de travail. Il y a anguille sous roche. Sa jeune voisine en sait plus qu’elle, Lise s’est confiée, et voilà : l’heure où les mots sont sortis pourrait bien être passée, sans qu’elle ait pu être sur leur chemin. Cette réalité a  l’air de la blesser, comme si elle avait été disqualifiée sur une mauvaise décision de l’arbitre. Elle trouve cela vraiment injuste. Voir sa fille comme ça, imaginer qu’elle leur a rendu visite et que rien n’en sorte, qu’ils la laissent- et dès le lendemain en plus !-  partir comme elle est venue. 


"Je ne sais pas comment je réagirais à ta place. On en a parlé avec Nadia en fait, tu sais."
Lise rabaisse ses mains pour lui accorder une attention plus grande encore.
"Oui. Elle m'assure que ça n'aurait pas pu lui arriver."
Lise baisse les yeux sur la table pour masquer la blessure que provoque à chaque fois une telle assertion, mais Arnaud se rattrape tout de suite.
"Je sais que ça peut arriver à n'importe qui. Mais elle, rien à faire. Elle dit qu'elle est trop parano."
Lise, compréhensive, approuve. Tous les deux s'arrêtent de parler à l'approche du serveur.
"Nadia est très fusionnelle, elle ne laisse jamais les enfants."
"Ils ne sont pas scolarisés, alors ?" sourit Lise.
"Si. Mais tu vois."
"Elle ne travaille pas ?"
"Si. Elle a repris le travail récemment. Arrête, tu sais bien. Mais c'est vrai qu'elle a un truc…"
Il ouvre ses mains comme pour presser deux grosses oranges, mimant une poigne ferme et solide, puis les porte à son ventre, ou son cœur, ses poumons, sans doute manière de dire que ce dont il parle est de l'ordre du viscéral. Il finit par ne plus savoir ce qu'il veut réellement signifier et reprend ses couverts.
"Je ne sais pas. Un truc qui la tient… Il y a un truc qui la tient toujours en éveil, toujours à les surveiller de très, très près."

Elle se demande si Romain à son sujet aurait les mêmes gestes. 



"C'est important de se soutenir", lui dit son père. "Moi…Bon c'est pas pareil. Mais quand ta sœur a eu son accident." (Mais non, c'est pas pareil ! tempère sa mère mais son père continue : ) "C'est pas pareil c'est sûr, mais il faut être solide et puis attendre. "(C'est pas pareil ! répète sa mère.)"Non, c'est pas pareil ! C'est pas pareil mais c'est une situation où on ne SAIT pas, et c'est ça qui est terrible non, de ne pas savoir ? Alors si ! C'est un peu pareil !Il a haussé le ton et sa mère pleure de plus belle."
"Oui". dit Lise.

Il a comme souvent compris le problème.


Vous l'aurez compris, je ne pense pas être aveuglée par mon amitié pour Coralie Bru et je trouve que son roman "Deux Minutes" est excellent! Il est fin, juste, bien écrit, et c'est un vrai plaisir que de le lire. Je ne peux donc que vous le recommander chaudement.

Pour vous le procurer c'est ici. Il existe en format kindle et en version papier.

Publié le 13 Juin 2015, sur Amazon, 212 pages. 

mercredi 1 juillet 2015

Exposition Velazquez au Grand Palais

Il ne vous reste plus que jusqu'au 13 juillet pour aller voir au Grand Palais la belle exposition consacrée à Velazquez (1599-1660)!

Alors, oui, l'exposition n'est, on s'en doute, pas aussi fun que celle consacrée à Jean-Paul Gaultier, mais elle présente les œuvres d'un peintre extrêmement moderne dans son style et ses compositions, qui a fortement influencé des générations d'artistes beaucoup plus récents, notamment Manet.



C'est une très grande exposition, prévoyez donc entre 1h30 et 2h pour en profiter au maximum. J'avais un billet coupe-file, mais m'étant rendue au Grand Palais en semaine et en nocturne il n'y avait pas de queue, et le nombre de visiteurs à l'intérieur restait supportable même s'il y avait des visites commentées qui provoquaient des attroupements significatifs autour des œuvres. Je pense néanmoins que l'inscription "derniers jours" sur les affiches peut faire venir les visiteurs en masse, donc attention à l'affluence de dernier moment...A noter également que les photographies ne sont pas autorisées.

Velazquez a commencé sa carrière très jeune, vers dix ans seulement, et a donc produit des oeuvres extrêmement abouties et matures à la vingtaine. Je ne suis pas fan des natures mortes, des teintes très sombres d'inspiration flamande et des sujets très religieux donc je suis passée rapidement devant les premiers tableaux exposés.
J'ai quand même souri devant ce tableau d'une religieuse au regard mauvais, extrêmement moderne, et qui ne dépareillerait pas sur la pochette d'un album métal!


Las Meninas, by Diego Velázquez, from Prado in Google Earth.jpg

Le tableau le plus célèbre de Velazquez, "Les Ménines", n'est pas présent dans cette exposition, étant le joyau du Musée du Prado à Madrid, mais on y retrouve plusieurs portaits de l'Infante Marguerite, figure centrale du tableau, car Velazquez était peintre officiel de la Cour d'Espagne sous le règne de Philippe IV.



Que cette absence ne vous freine pas, Velazquez fut un peintre prolifique et il y a beaucoup d'autres oeuvres très intéressantes à voir, que ce soit le Portrait du Pape Innocent X, saisissant d'intensité, cette composition extrêmement moderne de la Cène d'Emmaüs, le beau portrait lui aussi très moderne de Sainte Ruffine, sans parler de ce portrait d'homme qui pourrait avoir été peint en 1950!

  


Il est fascinant de voir l'évolution de Velazquez, tant en terme d'utilisation des couleurs, que dans la technique voire même dans l'esprit de ses toiles, où transparait parfois l'humour du peintre, alors que les débuts étaient plutôt sinistres. J'ai aussi beaucoup aimé le recyclage des oeuvres, ou comment un portrait de servante noire (La Mulata) devient une scène religieuse (La Cène d'Emmaüs) lorsqu'une scène christique est rajoutée à l'arrière-plan...ou ce portrait de Démocrite qui devient celui d'un joyeux luron...
Petit clin d'oeil littéraire avec le Portrait de Saint Thomas, et son très beau drapé de manteau, qui est sur la couverture de "Vies Minuscules" de Pierre Michon...

Il y a également dans cette exposition beaucoup d'oeuvres qui ne sont pas de Velazquez mais de peintres contemporains dont il était proche, notamment Juan Bautista Martinez del Mazo, ce qui m'a un peu agacée...par contre, ne ratez pas la splendide sculpture d'un hermaphrodite semblant se prélasser sur un matelas pneumatique, qui daterait du IIe siècle, et qui fait le pendant à "La Venus à son miroir"...

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L'Exposition Velazquez est donc un must lorsque l'on aime la peinture...Je ne pensais pas autant l'apprécier, pourtant j'ai été conquise par la richesse et la modernité des oeuvres de Velazquez. Il ne vous reste que dix jours pour la visiter, ce serait dommage de passer à côté!

Plus d'informations sur le site du Grand Palais.
Exposition jusqu'au 13 Juillet 2015, au Grand Palais (Galeries Nationales)
3, avenue du Général Eisenhower, Paris VIIIe
Billet normal :13 euros, réduit : 9 euros


mardi 30 juin 2015

Bilan de mon Mois Anglais 2015

Et voilà, c'est la fin du Juin, et par conséquent...du Mois Anglais!


En 2014 j'avais seulement lu 4 livres, mais j'ai été un peu plus organisée en 2015, avec...16 livres lus !

Que trouve-t-on parmi ces 16 romans ? (Cliquez sur la couverture pour accéder au billet correspondant)

Mon petit coup de cœur : 


Un polar addictif : 


fille du train.jpeg

Une excellente biographie : 

Manderley for ever

Un cadeau très bien choisi :



Mes deux romans préférés de Ruth Rendell :

                                                 

Des auteurs que j'aime beaucoup mais des avis mitigés :

                           

Un roman...comment dire? bizarre ?


Un bon thriller psychologique, sur base autobiographique:


Un policier classique à l'héroïne sympathique :


Les déceptions - énervements :

                                              amy sackville là est la danse 

Un roman pour la plage :

http://tu-vas-t-abimer-les-yeux.blogspot.fr/2015/06/laccro-du-shopping-hollywood-nuit-de.html

Des secrets de famille et du romanesque :



Malgré quelques déceptions littéraires, je suis ravie de ce Mois Anglais, qui m'a en plus permis de découvrir de nouveaux blogs très sympas parmi les autres participants...inutile donc de vous dire que je rempilerai avec plaisir en 2016!

Un grand merci aux gentilles organisatrices : Titine, Lou et Cryssilda, et à l'année prochaine !

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