jeudi 21 août 2014

Au Revoir Là-haut - Pierre Lemaitre

Je ne sais pas pourquoi j'ai attendu aussi longtemps pour lire "Au revoir là-haut" de Pierre Lemaître, Prix Goncourt 2013. Peut-être parce que la guerre de 14-18 n'est pas vraiment ma période de prédilection. En tout cas, j'ai réparé cette erreur, et c'est tant mieux.



Dans les derniers jours de la guerre, dans les tranchées, le sort de deux poilus se lie de manière inexorable; le temps d'une scène d'ouverture mémorable. Albert Maillard et Edouard Péricourt ne sont pas du même milieu, n'ont pas la même orientation sexuelle ni le même talent, pourtant une bombe et leur solidarité mutuelle vont en faire des êtres inséparables. A la fin de la guerre, révoltés par leur sort et par le comportement de leur capitaine, Henry d'Aulnay-Pradelle, ils décident de se lancer dans une énorme escroquerie pour connaitre des jours meilleurs.

J'ai lu de nombreux témoignages sur la guerre de 14-18 en elle-même mais très peu de livres sur le retour à la vie civile, à part "La chambre des officiers" de Marc Dugain, auquel ce roman m'a un peu fait penser avec le personnage de "gueule cassée" d'Edouard Pericourt.
"Au revoir là-haut" évoque également un sujet, méconnu, qui m'a beaucoup intéressée, celui du business juteux des tombes de soldats, et la manière abjecte dont celui-ci est mené.

Extrêmement bien écrit, de style et facture classique- j'ai parfois eu l'impression que je lisais du Zola-l'histoire coule de façon fluide, avec des personnages attachants:les deux poilus et l'amitié forte qui les lie, Monsieur Pericourt, qui ne comprend pas son fils artiste et homosexuel mais qui se rend compte du manque créé par son absence et de l'amour qu'il lui porte. 

"Au revoir là-haut" est une très belle surprise, un beau roman avec des descriptions parfois glaçantes, qui m'a tenue en haleine et m'a réconciliée avec cette période que je ne pensais pas aimer.

L'avis d'Enna pour qui c'est un coup de coeur (et qui, je m'en aperçois en relisant son article, a elle aussi eu l'impression de lire du Zola!)


Et 1/28 pour le Challenge "L'Union Européenne en 28 livres", catégorie: France.
Challenge Europe

mardi 19 août 2014

Challenge L'Union Européenne en 28 Livres

C'est sur le blog de Cryssilda que j'ai repéré le challenge "L'Union Européenne en 28 Livres", proposé par le forum "Have A Break Have A Book" et relayé dans la blogosphère par La Lecturienne.
Le principe est simple, même si la réalisation l'est moins: lire sur une période qui s'étend jusqu'au 1er Août 2016 au moins un livre de chacun des 28 pays qui sont membres de l'Union Européenne.



Voici leur liste :

Allemagne
Autriche 
Belgique
Bulgarie
Chypre
Croatie
Danemark
Espagne
Estonie 
Finlande 
France
Grèce
Hongrie
Irlande 
Italie
Lettonie 
Lituanie
Luxembourg 
Malte
Pays-Bas
Pologne
Portugal 
République Tchèque
Roumanie
Royaume-Uni 
Slovaquie
Slovénie
Suède


(les illustrations proviennent du site europeisnotdead.com)

Pour six ou sept pays ce ne devrait pas être très compliqué, pour les autres, c'est là où le bât blesse, et tant mieux car le but pour moi est de découvrir des littératures peu connues ou vers lesquelles je n'irais pas spontanément. D'ailleurs si quelqu'un veut me conseiller un auteur maltais, je suis preneuse (et ne me répondez pas: le faucon!;-)) Un letton, quelqu'un?

Vu que Septembre sera le Mois Américain, je doute fort qu'il sera très productif pour ce challenge mais je suis déjà curieuse des belles découvertes européennes que je vais faire.

Les billets des livres concernés par le challenge seront repérables grâce au logo ci-dessous:

Challenge Europe

dimanche 17 août 2014

Papa Was Not A Rolling Stone & Les Bourgeoises - Sylvie Ohayon

Quand j'ai vu que "Papa was not a rolling stone" allait bientôt sortir au cinéma, je me suis dépêchée de sortir le livre autobiographique de Sylvie Ohayon de ma PAL. 


L'histoire avait tout pour me plaire: Sylvie, née des amours furtives d'une séfarade de dix-huit ans et d'un kabyle, grandit à la Courneuve avec un beau-père violent et une mère gentille mais inconsciente. Nourrie par l'amour de ses grands-parents maternels, elle cherche à sortir de la cité grâce à la réussite scolaire.

Et effectivement, il y a de très belles pages sur la vie à la cité dans les années 80, avec ses coups durs mais aussi une réelle solidarité, avant que le communautarisme et l'antisémitisme fassent leur apparition, sur le fait de grandir dans une ville communiste où les enfants défavorisés peuvent, en dépensant trois francs six sous, faire de la danse et de l'équitation comme les petits bourgeois. Sylvie s'élève toute seule, parviendra à étudier à la Sorbonne grâce à une bourse puis se fera un nom dans le secteur de la publicité en traduisant le slogan américain de Wonderbra en "Regardez-moi dans les yeux...j'ai dit les yeux". Lorsqu' enfin elle a le train de vie dont elle a toujours rêvé, elle se retrouve confrontée à la bourgeoisie, et à des codes que son enfance en banlieue ne lui permet pas de maîtriser, ce qui entraîne une série de péripéties pour essayer de s'adapter.

Le style oral donne de la chaleur au texte, de la sympathie et de la proximité pour Sylvie, et l'histoire est vraiment intéressante et prenante, j'ai eu du mal à lâcher le livre avant la fin. L'auteur sait planter le décor et les personnages, et créer une atmosphère, comme celle du foyer séfarade des grands-parents.
Mais le récit est alourdi par les conseils et réflexions de Sylvie pour s'en sortir et avancer dans la vie, ce qui fait que certaines fins de chapitres ressemblent vaguement à des manuels de développement personnel. La fin du livre , où Sylvie règle ses comptes avec son ex-mari et avec l'ex-femme de son deuxième mari, de manière virulente et en utilisant des termes et des mots que j'ai personnellement trouvés choquants, part complètement en roue libre et est une vraie déception. 

C'est dommage, car il y a un vrai style d'écriture et un grand potentiel narratif, mais Sylvie Ohayon n'a pas su concentrer son récit sur son parcours personnel et s'est laissée embarquer dans une posture de donneuse de leçons- j'ai réussi à m'élever seule dans la vie à la force du poignet donc j'ai forcément raison et je sais comment faire- et dans un déballage post-divorce difficile que j'ai trouvé sordide et qui pour moi n'avait pas du tout sa place dans ce livre. 



L'histoire étant tout de même prenante , j'ai enchaîné par la suite: "Les Bourgeoises", qui commence très bien, par l'arrivée de Sylvie à la Sorbonne. Malheureusement, après quelques chapitres assez savoureux, le récit dérive de nouveau, en une série de portraits de bourgeoises que Sylvie a pu rencontrer dans sa vie, avec  des détails glauques et un ton méprisant qui m'ont vraiment dérangée. 

Bref, "Papa was not a rolling stone" a de bons côtés (et j'irai certainement voir le film qui s'annonce prometteur avec Marc Lavoine, Aure Atika et Sylvie Testud), mais je n'ai trouvé aucun intérêt aux "Bourgeoises" qui pour moi est passé complètement à côté du sujet.

vendredi 15 août 2014

D'autres vies que la mienne - Emmanuel Carrère

Quelle réussite que ce livre! Il fait sans conteste partie de mes dix livres préférés, et c'est pour moi, de loin, le meilleur d'Emmanuel Carrère.


Il a été publié en 2009 après "Un Roman Russe",  qui traitait des affres de la vie conjugale d'Emmanuel Carrère avec luxe de détails, dont certains que j'avais trouvés gênants et à la limite du glauque, et qui flirtait dangereusement avec le déballage malgré le talent incontesté d'Emmanuel Carrère. Le titre "D'autres vies que la mienne" indique qu'une page est tournée, et c'est tant mieux, même si la vie de l'auteur n'est jamais très loin de celles qu'il évoque.

Noël 2004, Emmanuel Caractère se trouve au Sri Lanka avec sa compagne Hélène, au bord de la rupture.  La vague qui emporte une petite Juliette sera aussi celle qui soudera le couple. Juliette est la fille de Delphine et Jérôme, la petite-fille de Philippe, à l’origine de ce livre. De retour à Paris, Hélène apprend la rechute d’une autre Juliette, sa sœur, à nouveau atteinte d’un cancer. Elle est mariée à Patrice, mère d’Amélie, Clara et Diane. Elle est aussi juge spécialisée dans le surendettement. Emmanuel Carrère dépeint avec une finesse et une retenue remarquable la fin de sa vie, le deuil, l’après, mais aussi l’amitié de Juliette avec Etienne, lui aussi juge, rescapé d’un cancer et boiteux, avec qui elle partage l’espoir d’une vie plus juste pour ceux qui sont étranglés par les dettes.

Il y a très peu de livres qui évoquent le surendettement, et Emmanuel Carrère le fait très bien. C'est un sujet que je connais bien, car j'avais effectué dans le cadre de mes études un stage au service surendettement de la Banque de France, et ce fut même le thème de mon mémoire de mastère. Cet aspect du récit m'a donc particulièrement parlé. Mais "D’autres vie que la mienne” est surtout un livre aux phrases simples, justes, émouvantes, sincères, celles d'un homme apaisé, qui se détourne de son nombril pour s'ouvrir avec écoute et empathie à l'histoire des autres, à leur douleur, à leur cheminement et à leur résilience. 

Il est écrit sur la quatrième de couverture de l’édition P.OL.  : 
“Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d’extrême pauvreté, de justice et surtout d’amour. Tout y est vrai.” 
Tout est dit.


C'est également un coup de coeur pour Valérie. 

mercredi 13 août 2014

Le Héron Bleu - Cynthia Voigt

Tout comme Samuel Tillerman, que j'ai chroniqué récemment, "Le Héron Bleu" est un roman jeunesse que je trouve mieux écrit, plus mûr et plus pertinent que nombres de romans pour adultes. C'est un livre qui m'a énormément marquée quand j'étais enfant, mais que je relis avec le même plaisir vingt ans après. Il n'a en rien perdu de sa beauté, et me parle toujours avec la même force.


La mère de Jeff quitte le foyer lorsqu'il a sept ans. Il se retrouve seul avec son père, un universitaire taciturne. C'est un enfant réservé, contemplatif, sans amis, qui s'occupe seul et gère la maison comme un adulte. Lorsqu'il revoit sa mère cinq ans plus tard le temps d'un été, il est subjugué par sa beauté, sa vivacité, sa luminosité. Mais il se rend vite compte qu'elle est également profiteuse, menteuse et égocentrique, et qu'il ne compte pas vraiment pour elle. Cette découverte le brise. Mais l'amour maladroit de son père et l'intervention du meilleur ami de celui-ci, un prêtre, ainsi que la découverte de la nature et de la guitare, l'aideront à s'ouvrir aux autres et à l'amitié.

Cynthia Voigt a un talent incroyable pour créer des personnages, et pour trouver le ton juste, les mots adéquats pour décrire leurs pensées et leurs sentiments. Encore une fois, elle sait distiller une douce tristesse dans ce roman d'initiation.Tout est parfaitement ciselé, et j'ai rarement vu un auteur parler aussi bien de la solitude. Solitude du père, homme intelligent et plein d'humour, dont la rencontre avec sa femme a illuminé sa vie- lumière qui s'est éteinte lorsqu'il a découvert son vrai visage. Solitude du fils, qui est traité dès le plus jeune âge comme un adulte, qui est abandonné et trahi par sa mère, et dont le père, pourtant aimant mais désemparé, ne sait pas vraiment s'en occuper. 

L'amitié est également un thème cher à Cynthia Voigt: c'est l'amitié avec Frère Thomas qui permet au père, le Professeur, d'être épaulé dans l'éducation de son fils et de trouver des solutions lorsque Jeff perd pied. Tout comme l'amitié de Phil et Andy et de la famille Tillermann aide Jeff à prendre vraiment place dans la vie, au lieu de la regarder s'écouler. 

Il est rare de lire un roman où les hommes sont aussi présents dans l'éducation des enfants. Melody la mère est inconséquente et ne se préoccupe de son fils que lorsqu'il peut lui rapporter quelque chose. Le père est maladroit, parfois négligent sans le vouloir, il a du mal à surmonter son chagrin et sa solitude pour être pleinement attentif à son enfant, mais aidé par son meilleur ami, homme fin et plein de bon sens, il reprend goût à la vie et arrive à construire une relation de confiance et de respect avec Jeff, et à être un excellent père pour lui.

Ce livre est absolument magnifique, tant par l'histoire qu'il raconte, que par le style et par l'incarnation des personnages. C'est un roman que je porte en moi, un roman qui a accompagné mon passage de l'adolescent à l'adulte.

C'est une nouvelle contribution, après Samuel Tillerman, au "Mélange des Genres" de Miss Léo, dans la catégorie roman jeunesse.

lundi 11 août 2014

La Faiseuse d'Anges - Camilla Läckberg

Après avoir lu récemment le Gardien de Phare, de Camilla Läckberg, j'ai sorti de ma PAL d'été le tout dernier opus du même auteur, "La Faiseuse d'Anges", et huitième volume de la série Erica Falck- Patrick Hedström.



J'avais écrit dans mon précédent billet "Les intrigues de Camilla Läckberg, souvent situées autour de la ville de Fjällbacka mêlent habituellement un crime actuel avec une histoire du passé, tout en suivant l'évolution de la vie familiale du couple Erica- Patrick.", et je peux faire du copier/coller pour celui-ci car c'est encore une fois le cas, et l'auteur va encore plus loin car c'est un délit actuel lié à deux histoires du passé!

En 1905, "La Faiseuse d'Anges" est arrêtée et décapitée avec son mari pour avoir tué plusieurs petits enfants placés chez elle. Sa propre petite fille Dagmar est alors placée en famille d'accueil.

En 1974, sur une île où était installé un internat de garçons, le directeur de cette école et toute sa famille disparaît le jour de Pâques. Seule la petite dernière, Ebba, âgée de un an, est retrouvée. Trente ans plus tard, Ebba se réinstalle dans sa maison natale avec son mari. Quelques jours plus tard, elle échappe à un incendie volontaire. La police enquête et se repenche sur les mystérieuses disparitions de 1974.

Bizarrement, Camilla Läckberg a écrit deux livres à la suite où une famille installée sur une île disparaît sans explication. Comme les autres livres de la série, le récit est bien écrit, cela se lit facilement et avec plaisir. J'ai trouvé cependant que l'intrigue actuelle n'était pas très aboutie, j'ai eu l'impression que l'auteur avait besoin d'un prétexte pour que l'enquête de la disparition de 1974 soit réouverte et qu'elle ne savait pas trop comment gérer l'histoire, en compliquant inutilement le récit, et en se dispersant dans des intrigues secondaires qui n'étaient vraiment pas indispensables. L'intrigue principale est néanmoins bien ficelée, et le dénouement m'a surprise, je ne m'y attendais pas. La construction du roman et les ficelles sont un peu toujours les mêmes que dans les précédents livres de Camilla Läckberg, mais "La Faiseuse d'Anges" est un roman efficace et plaisant.

samedi 9 août 2014

Une Part de Ciel - Claudie Gallay

J'avais adoré les Déferlantes, et étais donc ravie de lire le nouveau roman de Claudie Gallay, "Une Part de Ciel", avec sa belle couverture rouge.



Carole retourne dans son petit village d'enfance, dans la montagne. Son père, dont elle a des nouvelles de façon sporadique, lui a donné rendez-vous, sans jour fixe, en lui envoyant une boule à neige comme à son habitude. En l'attendant, elle traduit une biographie de Christo et retrouve sa soeur et son frère, qui eux sont restés au village. Entre eux plane un drame, l'incendie qui a détruit leur maison d'enfance et a abîmé les poumons de Gaby, sa sœur.

Comme "Les Déferlantes", "Une part de ciel" est un roman d'atmosphère, un roman d'hiver. Claudie Gallay excelle à instiller une sensation de solitude, de décalage, entre Carole et sa famille, entre Carole et le village. Carole participe, mais toujours un peu en retrait, en contemplation, comme lorsqu'elle prend en cachette des photos de la "serveuse à Francky". Elle observe mais ne comprend pas forcément, des évidences, connues de tous, lui échappent, tout comme elle peut se méprendre sur des événements du passé.

J'ai trouvé que l'auteur a un vrai talent pour créer et faire vivre un microcosme, une petite communauté de petites gens, mais j'ai par contre ressenti une petite sensation d'ennui en lisant ce livre, où il y a beaucoup d'attente: le temps s'étire pour Carole qui attend son père, et pour Gaby qui attend son mari incarcéré. Je n'ai pas non plus été trop convaincue par ces allusions à la biographie de Christo que Carole est censée traduire - alors qu'elle est professeur de pâtisserie?-, par le rituel de la photographie de la "serveuse à Francky", ou par la révélation du secret de famille, que j'ai trouvé tiré par les cheveux.

Mais j'ai été touchée par les personnages, les situations, la culpabilité de Carole par rapport à sa sœur. Tout ne m'a pas plu dans ce livre alors que j'avais été enthousiasmée par les Déferlantes. C'est donc une impression en demi-teinte, et une petite déception pour moi, mais l'ayant fini il y a quelques mois déjà je reste quand même marquée par l'atmosphère particulière qui s'en dégage (beaucoup plus que par l'histoire).

C'est une lecture commune avec Laure