mardi 30 septembre 2014

L'Homme de la Montagne - Joyce Maynard

Je parlais de Salinger dans mon précédent billet, voici maintenant ma première lecture de l'auteur Joyce Maynard, qui vécut avec le célèbre écrivain.

Je la connaissais de réputation, mais n'avais jamais eu l'occasion de lire l'un de ses livres, dont je n'avais pourtant entendu que du bien. Le résumé de "L'homme de la montagne" m'a bien accrochée: on y suit deux sœurs pré-adolescentes, Rachel et Patty, le temps de l'Eté 1979, alors qu'un serial killer rôde dans la montagne, pourchassé par le père des filles, chef de la police locale. Petit avertissement: il vaut mieux ne pas lire la quatrième de couverture, qui selon moi donne trop d'informations et tue une partie du suspense.

L'écriture est très fluide, et c'est un livre qui se lit vite et bien. "L'homme de la montagne" n'est pas vraiment une enquête policière en tant que telle, même si c'est une facette du roman. C'est plutôt la description d'une relation forte entre deux sœurs et la narration d'une enquête policière à travers des yeux d'enfants. Enquête policière qui aura un impact dramatique sur la vie de la famille, et sur le père des filles, au niveau professionnel comme au niveau personnel. 

J'ai trouvé que Joyce Maynard excellait à recréer un univers adolescent, avec les interrogations de Rachel sur sa féminité, avec la façon dont Rachel utilise l'enquête de son père pour pénétrer un cercle de camarades de classes cools duquel elle était auparavant mise à l'écart, sur la distance qui se crée entre les deux sœurs qui n'ont progressivement plus les mêmes centres d'intérêt. On a beaucoup parlé des "visions" de Rachel dans les différents billets publiés, celles-ci n'étaient pas indispensables à mes yeux dans le récit, mais elles ne m'ont pas non plus dérangées. 

"L'homme de la montagne" est aussi le récit de la chute d'un héros, le père, adoré de ses filles, bel homme séducteur et reconnu professionnellement. Sans le vouloir, ses filles détruiront ses perspectives professionnelles et l'empêcheront de se réaliser au niveau personnel.

C'est un beau roman, très agréable à lire, qui sonne très juste au niveau de la relation entre les sœurs et dans la description du monde adolescent. Une belle découverte, qui donne envie de lire Un Long Week End et Les Filles de l'Ouragan.

C'est ma onzième et dernière contribution au Mois Américain.

                                    challenge 1% 2014

et ma septième contribution au Challenge 1% de la rentrée littéraire 2014 organisé par Hérisson. 

dimanche 28 septembre 2014

Oona et Salinger - Frédéric Beigbeder

oona et salingerFrédéric Beigbeder est un grand admirateur de Salinger, et tenta un jour dans le cadre d'un reportage d'interviewer l'écrivain reclus, avant de renoncer au dernier moment. Pour écrire sur son auteur fétiche, il choisit aujourd'hui une porte d'entrée inédite, sa brève histoire d'amour avec Oona O'Neil, la future épouse de Chaplin.

Alors bien sûr, c'est du Beigbeder: si vous recherchez un style littéraire digne de la Pléiade, passez votre chemin, si vous n'aimez pas les écrivains qui parlent d'eux dans leurs romans, ce livre n'est pas pour vous. Frédéric Beigbeder est amoureux, il vient de se marier avec une femme qui a vingt-cinq ans de moins que lui, et il a envie que ça se sache, et aussi sans doute de se rassurer en rattachant son histoire personnelle à des exemples illustres: Salinger sera connu pour son goût des très jeunes femmes - notamment Joyce Maynard - et Chaplin et Oona, nés à trente-six ans d'intervalle, vivront trente-quatre ans ensemble et auront huit enfants. Peut-être mon histoire personnelle y est-elle pour quelque chose, mais je n'ai trouvé la présence de Beigbeder dans le récit ni trop importante ni intrusive, et ses justifications de l'attirance des hommes âgés pour les jeunes femmes m'ont fait sourire...sans doute dirai-je la même chose des jeunes hommes quand je serai moi-même quinquagénaire.

Jérôme David Salinger, encore apprenti écrivain, rencontre Oona O'Neil, jeune it girl dans un bar de New York en 1940. Leur histoire d'amour sera brève: Salinger part à la guerre, et Oona rencontrera peu de temps après l'homme qu'elle épousera, Charlie Chaplin. Clairement, Beigbeder n'est pas dialoguiste, les échanges verbaux entre Oona et Salinger sont plats et téléphonés, et il n'est pas non plus un écrivain épistolaire: n'ayant pas eu l'autorisation par la famille Chaplin d'avoir accès à la véritable correspondance, il la réécrit, mais pas pour le meilleur. 

En fait, paradoxalement, le livre m'a intéressé lorsqu'il ne parle pas de la relation entre Oona et Salinger- peu d'éléments existent et je n'ai pas senti Beigbeder très à l'aise pour créer de toutes pièces cette histoire d'amour. Je connaissais l'écrivain pour avoir lu "L'attrape-coeur" et vu la pièce "Sallinger" de Bernard-Marie Koltes dont il était l'inspiration, mais je savais très peu de choses sur sa vie, à part ses tendances à la réclusion. Son départ à la guerre, ses rencontres avec Hemingway, son stationnement à Paris, et surtout la libération de Dachau, à laquelle il a participé, donnent lieu à de très belles pages, tout comme le débarquement en Normandie. J'ai également apprécié les passages sur la jeunesse dorée new-yorkaise (où l'on croise Truman Capote et Gloria Vanderbilt) et sur Chaplin et le désamour progressif que lui portent les Etats-Unis en plein maccarthysme.

Ce n'est pas le roman du siècle, ni même celui de la rentrée littéraire 2014, mais j'ai trouvé ce livre agréable et distrayant, malgré les lourdeurs des dialogues. Beigbeder réussit à communiquer son amour de Salinger, et j'ai maintenant envie de me replonger dans l'oeuvre de l'écrivain américain, et d'en savoir plus sur sa vie et sur celle de Chaplin, qui fut également mouvementée et parfois mystérieuse.



6e contribution, donc 1% atteint dans le cadre du challenge 1% rentrée littéraire 2014 de Hérisson.

challenge 1% 2014      

Retrouvez ici l'avis des Bibliomaniacs sur ce livre à partir de début Octobre. 

Merci à Emilie des éditions Grasset.

vendredi 26 septembre 2014

Le Fils - Philipp Meyer

Attention, valeur sûre de la rentrée littéraire, "Le Fils" de Philipp Meyer!

Cette fresque familiale, située au Texas, s'attache à trois générations de Mc Cullough, de 1850 à nos jours: Eli, qui, adolescent, sera kidnappé par les Indiens, son fils Peter, et son arrière-petite-fille Jenny. Ce roman aurait pu s'appeler "De sang et de fureur" tant cette famille est marquée, à chaque génération, par la violence et la mort. Une génération se bat contre les Indiens, la suivante contre les Mexicains, la troisième sera consacrée à la recherche du pétrole. Âmes sensibles s'abstenir, il y d'ailleurs quelques scènes extrêmement violentes, avec des descriptions graphiques assez insoutenables. Je n'ai cependant pas trouvé cette violence gratuite, elle est juste symptomatique de la vie de l'époque.

Les trois histoires s'entremêlent, ce qui est parfois frustrant car "Le Fils" est un pavé qui se lit sans faim. Or la partie concernant Eli est à mes yeux la plus passionnante et je n'avais pas toujours forcément envie de passer à une autre histoire, même si cela me permettait parfois de souffler un peu après quelques scènes particulièrement éprouvantes, et que cela faisait durer l'envie et le suspense. Il faut dire que Philipp Meyer a une maîtrise étonnante des descriptions, que ce soit des scènes de la vie indienne, ou des grands espaces. Alors que je ne suis pas familière des westerns, il m'était facile de visualiser ce que je lisais. D'ailleurs, chapeau à l'écrivain pour ses recherches sur les moeurs des tribus indiennes, car il y a luxe de détails extrêmement intéressants sur la chasse, sur le commerce, sur la vie amoureuse, et également l' utilisation extensive d'un langage indien, qui se mêle sans problème au récit.

Le seul petit bémol serait que je me suis beaucoup plus attachée à l'histoire d'Eli qu'à celles de Peter et de Jenny, même si ces deux dernières étaient intéressantes et de qualité. Il faut dire que l'histoire d'un adolescent kidnappé par les Indiens et vivant avec eux mettait la barre très haute, et la vie de ses descendants m'a paru un peu fade, même si j'ai aimé les doutes de Peter, personne douce et sensée sur les moeurs violentes de son entourage et si j'ai apprécié que l'auteur ait créé le personnage de Jenny, une femme de tête dans un milieu essentiellement masculin. J'ai pourtant parfois eu l'impression que Peter et Jenny n'étaient pas assez étoffés par rapport à Eli et qu'ils lui servaient de faire-valoir. J'ai d'ailleurs été étonnée d'apprendre par mes collègues de Bibliomaniacs que Philipp Meyer avait d'abord écrit- séparément- les histoires de Peter et de Jenny- puis ensuite celle d'Eli, car j'avais le sentiment que c'était l'inverse.

En tout cas, c'est un livre passionnant, dont je n'ai pas vu passer les 700 pages, dévorées à une vitesse record. "Le fils" est un roman qui m'a vraiment donné beaucoup de plaisir, et dont j'admire la qualité d'écriture, autant dans le style que dans les descriptions et le réel travail de l'auteur pour reconstituer le Texas et les moeurs de l'époque, qu'elles soient américaines ou indiennes.

C'est ma dixième contribution au Mois Américain  

et ma cinquième contribution au challenge 1% rentrée littéraire 2014 organisé par Hérisson

challenge 1% 2014

Vous pourrez retrouver l'avis des Bibliomaniacs ici à partir de début Octobre.

Merci à Marlène des éditions Albin Michel

mercredi 24 septembre 2014

Karoo - Steve Tesich

Motivée par la sortie récente de "Price" de Steve Tesich, je me devais de lire le roman du même auteur publié en France en 2013, le fameux "Karoo".

Je dois d'abord dire que j'ai été assez surprise, car je m'attendais à un roman comique. Or c'est un livre que j'ai trouvé très sombre, même si certains passages sont extrêmement drôles -mais toujours grinçants- comme lorsqu'il compare la guerre pour trouver un taxi au naufrage d'un bateau
" Ils courent, se bousculent sur les trottoirs et font des signes désespérés aux taxis. C’est comme une scène de l’un de ces films catastrophe en mer. Il n’y a pas assez de canots de sauvetage. Les hommes valides courent devant pour s’assurer un taxi, tandis que les femmes, les enfants et les infirmes restent à l’arrière, blottis par petits groupes. Ils ne peuvent plus qu’espérer et prier, maintenant."

Saul Karoo, surnommé le Doc, est une référence dans son domaine: il retravaille des scenarii ou remonte des films pour le compte de producteurs de cinéma. C'est un homme qui s'intéresse peu aux autres, ne semblant aimer personne, ni sa mère, ni son fils adoptif qu'il voit ou appelle seulement lorsqu'un tiers est présent, au point de séduire une femme en soirée uniquement dans le but d'éviter le tête à tête avec Billy. En visionnant un film dont un producteur influent lui a confié le remontage, il fait une découverte liée à son passé qui le pousse à changer. Mais la situation va bientôt lui échapper.

Steve Tesich crée une peinture cynique du monde d'Hollywood, où les producteurs ont le final cut par rapport aux scénaristes et même aux réalisateurs les plus reconnus, et ont le pouvoir de faire réécrire une histoire ou changer le montage d'un film à leur goût. Karoo semble prendre ses distances avec ce monde lorsqu'un scénariste fait un esclandre après que son film ait été réécrit et se suicide peu après. Cependant, arriver au dîner avec une femme plus jeune et plus belle que le producteur tout puissant est finalement plus important pour lui que de lui dire ses quatre vérités, quitte à compromettre au passage sa jeune voisine qui le considère comme un père.

J'ai été particulièrement touchée par le fait que Karoo n'existe en tant que père - malgré l'intérêt et l'amour que lui porte son fils - que lorsqu'un tiers est présent. C'est la condition sine qua none pour qu'il échange avec son fils. C'est le culte de l'apparence poussé à l'extrême, où une relation père-fils n'existe que devant témoins, dont l'acme est un dîner entre Karoo et son seul ami Guido, où ils se congratulent mutuellement d'être de si bons pères alors qu'aucun d'eux ne se préoccupe vraiment de son enfant.


Steve Tesich frappe là où ça fait mal. J'ai eu des difficultés à entrer dans ce roman, et il m'a fallu une bonne centaine de pages pour atteindre une vitesse de croisière dans ma lecture, et vraiment m'attacher au personnage principal, qui n'a au début rien de sympathique et dont l'attitude en perpétuel décalage est limite fatigante, même si certaines scènes sont vraiment très drôles, notamment celle où Karoo passe la visite médicale nécessaire pour obtenir une nouvelle assurance maladie.

Mais mon attention s'est resserrée sur le récit lorsque Karoo se lance dans la quête initiée par la découverte faite lors du visionnage du film. Ce scénario improbable, et les événements qui en découlent, auraient pu être la base d'un mauvais roman de gare, mais le talent de l'auteur a rendu crédible cette histoire et le fait pour moi d'avoir deviné ce qui se tramer n'a fait qu'ajouter à la tension du récit puisque je me demandais comme cette histoire allait bien pouvoir se terminer.

La mise en abîme de l'entretien final entre le producteur et Karoo boucle ironiquement cette peinture acide du monde hollywoodien où rien ne compte, ni le respect des hommes, ni la morale, ni le droit à l'intimité et à la vie privée, sauf le succès et l'argent. Plusieurs personnes qui avaient lu Karoo avant moi n'ont pas apprécié la fin, mais je l'ai trouvée pertinente, car ce qui arrive dans ce roman a une forte résonance mythologique.

"Karoo" est un livre dont le début m'a fait peiner, mais je suis contente d'avoir persévéré dans cette lecture, car c'est un roman qui m'a vraiment fait réfléchir, au-delà de l'ironie et de la satire du monde hollywoodien. Je lirai prochainement "Price", en espérant être autant remuée.

C'est ma neuvième contribution au Mois Américain.


lundi 22 septembre 2014

Pétronille - Amélie Nothomb

Je ne suis pas une grande fan d'Amélie Nothomb, qui se précipite sur son dernier roman dès le jour de sa parution, mais j'avais beaucoup apprécié "La Nostalgie Heureuse", son livre publié en 2013 et le thème de son nouveau roman, "Pétronille"- amitié et champagne - m'a interpellée.

Amélie Nothomb adore le champagne, et cherche quelqu'un qui partagera la même passion qu'elle, une "convigne", joli néologisme qui est au vin ce que la compagne est au pain. Dans une séance de dédicaces, elle rencontre Pétronille Fanto, lectrice avec qui elle entretient déjà une correspondance. Celle-ci, apprentie romancière "prolétaire" au look de garçon manqué, téméraire et grande gueule, va devenir la convigne tant attendue, mais également une grande amie d'Amélie.

C'est l'histoire de cette amitié que nous raconte l'auteur, une belle amitié - à l'opposé de celle décrite par "Antechrista"- où coule le champagne, mais qui est aussi faite de moments décalés partagés, de présentations aux parents, d'entraide, au rythme des livres publiés par Pétronille, devenue écrivain confidentielle mais reconnue par ses pairs.

Le livre reste assez léger, et la fin m'a déçue, mais j'ai été séduite par cette amitié entre deux femmes que tout oppose, réunies par leur amour des lettres et du champagne, et amusée par les situations rocambolesques (vraies?) décrites par Amélie Nothomb: une interview de Vivienne Westwood où celle-ci a un comportement hallucinant, un échange entre Amélie Nothomb et l'employée d'une maison d'éditions qui lui dit: " Vous savez bien que dans le monde des lettres, les prolétaires n’ont aucune chance."

C'est un roman léger comme une bulle de champagne, qui se lit vite et bien, mais une jolie histoire d'amitié, et surtout un très beau portrait, sous le pseudonyme de Pétronille, de l'écrivain Stéphanie Hochet, qu'Amélie Nothomb donne vraiment envie de découvrir.

Quatrième contribution au Challenge 1% Rentrée Littéraire 2014 organisé par Hérisson...

challenge 1% 2014

Et 3/28 pour le Challenge "L'Union Européenne en 28 livres", catégorie: Belgique

Challenge Europe

samedi 20 septembre 2014

Un Ange Meilleur - Chris Adrian

Moi qui ne suis pas vraiment fan de nouvelles, je me suis laissée tenter par "Un Ange Meilleur" de Chris Adrian, recueil chaudement recommandé par Coralie, qui me l'a d'ailleurs prêté.

Neuf nouvelles sombres, remplies d'enfants malades ou fous au prénom commençant par un C., de deuils, de fratries et d'hôpitaux, où des anges passent, où le souvenir du 11 Septembre n'est jamais loin.

La première nouvelle "L'arme blanche" m'a immédiatement accrochée: une amitié entre deux enfants, alors que l'on retrouve dans le voisinage des animaux tués au couteau...Je ne suis pas très adepte de l'onirique ou du fantastique donc j'ai moins apprécié "La somme de nos parties", "La vision de Peter Damien" et "Un ange meilleur", l'auteur mêlant nouvelles réalistes et nouvelles fantastiques. Mais toutes sont extrêmement bien écrites, avec un style vraiment particulier à Chris Adrian, une atmosphère unique, des thèmes qui traversent les nouvelles pour créer un lien, une unité entre elles, même si les histoires sont assez différentes les unes des autres.

Il semble y avoir de l'autobiographique dans ces nouvelles: l'initiale C. qui revient systématiquement, les jeunes garçons qui ont le même âge que l'auteur à l'époque où se déroule le récit, le milieu hospitalier (Chris Adrian est pédiatre)...Les relations frère-frère, la maladie, qu'elle soit mentale ou physique, le 11 Septembre sont omniprésents.

Toutes les nouvelles ne m'ont pas forcément plu, mais j'ai vraiment apprécié la façon qu'a Chris Adrian de décrire la solitude de l'enfance, de celui qui est décalé ou endeuillé. C'est une belle découverte, un auteur dont j'aimerais maintenant lire un des romans.

C'est ma huitième contribution au Mois Américain.


C'est aussi une contribution au Mélange des Genres, catégorie:recueil de nouvelles.

jeudi 18 septembre 2014

Les Règles du Jeu - Amor Towles

Encore un roman que j'avais envie de lire depuis longtemps et que le Mois Américain a fait sortir de ma PAL en priorité!

Kathy Kontent, alors qu'elle est dans un club de jazz avec son amie Eve, rencontre Tinker Grey, un jeune homme élégant, issue d'une excellente famille, sorti des meilleures écoles, et travaillant dans la banque fondée par son grand-père. 
Nous sommes en 1938, les Etats-Unis ne sont pas encore en guerre, et se remettent difficilement de la grande crise de 1929.

Kathy, de parents immigrés russes, et issue d'un milieu populaire, est indépendante, débrouillarde, cultivée, intelligente et grande lectrice. Elle est décidée à s'amuser, à fréquenter la meilleure société tout en se construisant une carrière professionnelle. Elle m'a un peu fait penser à Peggy Olson de Mad Men, jeune femme intelligente qui trace son chemin professionnel à la force du poignet.

Par le biais de diverses rencontres, Kathy fréquente des personnes d'un niveau social beaucoup plus élevé que le sien. Elle découvrira bientôt que pour tirer leur épingle du jeu, beaucoup ne sont pas ce qu'ils prétendent être, et que c'est le règne des faux-semblants. 

"Les Règles du Jeu" est d'une lecture agréable, servie par Kathy, un personnage attachant au caractère bien trempé. La plupart des personnages sont relativement peu prévisibles et se révèlent assez surprenants. Kathy elle-même est assez opaque, car de ses sentiments ou de son ambition, on ne sait jamais trop ce qui prédomine.  

J'ai par contre été moins convaincue par les décisions prises par les frères Grey - Hank et Tinker - qui ne m'ont semblé ni cohérentes ni réalistes, ce qui m'a un peu gâché mon plaisir de lecture. 

J'ai par contre beaucoup aimé la description de la vie de bureau, ainsi que la peinture de cette période post-crise de 29 mais pré-seconde guerre mondiale, où les Etats-Unis se remettent doucement de leurs blessures économiques tout en commençant à être gagnés par l'excitation de la guerre. 


"Les Règles du Jeu" n'est pas parfait, mais son héroïne attachante, et le talent de l'auteur pour rendre le New York de la fin des années 30 en font une lecture agréable, à défaut d'être inoubliable.

C'est ma septième contribution au Mois Américain